Oshi Academy Les bases du trading · 20 min

La gestion du risque

Une méthode moyenne avec un risque tenu survit des années. Une excellente méthode avec un risque libre meurt en une semaine. Cette leçon est la plus importante du programme, et c'est la seule dont l'absence explique la plupart des comptes vides : tout le reste, la structure, les bougies, le flux d'ordres, sert à choisir un trade, alors que la gestion du risque décide si tu seras encore là pour prendre le suivant. Tu y trouveras sept calculs, tous faisables sur un coin de table, et un exercice à mener sur ton propre relevé. Aucun ne demande de talent particulier. Ils demandent seulement d'être faits avant l'entrée, pas après la sortie.

La taille de position se calcule, elle ne se choisit pas

Beaucoup de débutants choisissent leur taille au ressenti, ou pire, à la conviction : gros quand on y croit, petit quand on doute. C'est l'inverse exact d'un système, puisque la conviction est le plus mauvais prédicteur dont tu disposes. Elle est même activement nuisible : les configurations qui inspirent le plus de confiance sont celles qui ressemblent le plus à celles que tu as déjà vues gagner, ce qui est une définition assez fidèle du biais de confirmation.

La taille se calcule, et le calcul tient en une ligne. Trois nombres entrent, un seul sort. Le premier est la part de ton capital que ce trade a le droit de coûter, un pour cent par exemple. Le deuxième est la distance jusqu'à ton stop, mesurée en points, en pips ou en ticks selon l'instrument. Le troisième est la valeur d'un point pour une unité de position. La taille cherchée est le premier nombre divisé par le produit des deux autres.

Fais tourner l'arithmétique une fois, elle ne te quittera plus. Capital de 10 000 €, risque décidé à 1 %, donc 100 € pour ce trade. Ton stop est à 40 points de ton entrée, et un point vaut 2 € par lot. Chaque lot risque donc 40 × 2 = 80 €, et ta taille vaut 100 ÷ 80 = 1,25 lot. Change une seule donnée : le même trade avec un stop à 100 points porte le risque par lot à 200 €, et ta taille tombe à 0,5 lot. Le montant risqué, lui, n'a pas bougé d'un centime.

Ce qui suit surprend toujours, et c'est le cœur du sujet : ta taille change à chaque trade, et c'est normal. Un stop lointain impose une petite position, un stop proche en autorise une grosse, pour un risque identique en euros. Une taille fixe fait exactement l'inverse : elle laisse la volatilité du jour décider combien tu perds. Le matin où le marché s'agite et où les stops doivent s'écarter, ta perte double sans que tu aies rien décidé du tout.

L'erreur jumelle consiste à élargir le stop après coup pour garder la taille voulue. Le stop n'a pas été déplacé par le marché, il a été déplacé par toi, et le seul chiffre que tu contrôlais vraiment vient de t'échapper. ⛔ Si la taille calculée te paraît ridicule, le problème n'est jamais le calcul. C'est que ce trade, avec ce stop, est trop cher pour ce compte, et le refuser est une décision correcte plutôt qu'une occasion manquée.

Deux stops, deux tailles, un seul risque stop éloignéstop procheentréeentréepetite positiongrosse position1 % du capital1 % du capital
Deux stops, deux tailles, un seul risque Le montant risqué est identique dans les deux cas. C'est la distance jusqu'au stop qui décide de la taille, jamais l'inverse.

Le stop est un prix qui invalide, pas une somme qu'on accepte

Un stop n'est pas un montant que tu acceptes de perdre. C'est un prix qui invalide ta lecture. Si ce prix s'imprime, la raison d'être de la position n'existe plus, et rester revient à tenir un pari dont tu as toi-même écrit à l'avance qu'il était faux.

La question à se poser avant chaque entrée tient en une phrase : quel prix, s'il est atteint, prouve que j'avais tort ? Si tu ne sais pas y répondre, tu n'as pas de trade, tu as une envie. Cette question possède un avantage rare : elle se pose pendant que tu es encore calme, et elle produit une réponse qu'une autre personne peut vérifier sur ton graphique. Une impression de retournement, non.

Le stop se pose donc là où le graphique le dit, derrière le creux qui a servi d'appui, au-delà de la zone d'où le prix est parti, et pas là où ton portefeuille l'aimerait. Beaucoup font le raisonnement à l'envers : ils décident de risquer 100 €, en déduisent une distance de vingt points, et posent le stop à vingt points. C'est choisir la réponse avant d'avoir posé la question, et le marché s'en aperçoit avant toi.

Le déplacer dans le mauvais sens transforme une perte prévue en perte inconnue. C'est le geste qui vide les comptes, et il ne vient jamais d'un manque de connaissance : il vient du refus d'avoir tort une seule fois. Le déplacer dans le bon sens, pour protéger un gain acquis, est une décision entièrement différente, qui se prend selon une règle écrite à l'avance et non selon ce que tu ressens à cet instant précis.

⚠️ Un stop qui n'est pas dans la plateforme n'est pas un stop. Un stop « mental » suppose que tu seras devant ton écran, disponible et lucide, au moment exact où tu auras le plus envie de regarder ailleurs. Cette hypothèse est fausse à peu près toutes les fois où elle compte.

Sous la mèche, ou derrière la zone la zone✗ ici, comme tout le monde✓ derrière la zonele creux que tout le monde voit
Sous la mèche, ou derrière la zone L'endroit le plus fréquenté du graphique est le point juste sous le dernier creux visible. Un stop posé derrière la zone coûte une position plus petite et survit au balayage.

Le R, l'unité qui rend deux trades comparables

Compter en euros empêche d'apprendre. Un gain de deux cents euros est excellent sur un petit compte, anecdotique sur un gros, et il ne dit rien du risque qu'il a fallu prendre pour l'obtenir. Deux relevés en euros ne se comparent ni entre deux comptes, ni entre deux instruments, ni même entre deux mois du même compte si le capital a bougé entre-temps.

Le R règle ça d'un coup. Un R vaut ce que tu risquais sur ce trade, ni plus ni moins. Tu prends ton stop, tu perds un R. Tu sors à trois fois ta distance de stop, tu encaisses trois R. Ce n'est pas une unité de compte supplémentaire, c'est un changement de règle : au lieu de mesurer le résultat en monnaie, tu le mesures en multiples de ta propre décision de départ.

L'effet sur un relevé est immédiat. Un trade sur indice où tu risquais quarante points et un trade sur devise où tu risquais vingt-quatre pips deviennent deux lignes de la même colonne. Vingt trades se lisent alors en une addition, et cette addition ne change pas si tu doubles ton capital le mois suivant. C'est la seule façon connue de savoir si ta méthode progresse, indépendamment de la taille que tu poses dessus.

⚠️ Le R se fige à l'entrée. Un R vaut le risque INITIAL, celui du moment où l'ordre est parti, jamais le risque qu'il reste après que tu as remonté ton stop au point mort. Sinon le dénominateur bouge en cours de route et plus rien n'est comparable, ce qui est exactement le problème que le R était censé régler.

Un dernier usage, souvent négligé : note aussi les trades que tu n'as pas pris, et le R qu'ils auraient rendu. Ce relevé fantôme coûte trente secondes par jour et répond à une question que le relevé réel ne posera jamais, à savoir si ton problème est de mal choisir ou de ne pas exécuter ce que tu avais correctement choisi.

Le même relevé, en monnaie puis en R EN MONNAIE +300 €+300 €+150 €ce que le trade a rapportétrade Arisque 100 €trade Brisque 600 €trade Crisque 50 €A et B se valent, C ferme la marche EN R le même gain, divisé par son risquetrade A300 ÷ 100trade B300 ÷ 600trade C150 ÷ 50+3 R+0,5 R+3 RB tombe derrière C
Le même relevé, en monnaie puis en R Trois trades, deux lectures. En monnaie, A et B rapportent la même chose et C ferme la marche. Divisé par le risque de son propre trade, l'ordre s'inverse : B a payé six cents euros de risque pour trois cents euros de gain, ce qui en fait le trade le plus cher du relevé, et C, le plus petit gain des trois, vaut exactement autant que A. La monnaie mesure la mise, le R mesure la décision.

Le taux de réussite ne dit rien seul, l'espérance de gain le dit

Le taux de réussite est le chiffre que tout le monde cite, et c'est le moins informatif de tous pris isolément. Il répond à la question « combien de fois j'ai raison », alors que la seule question qui décide du sort de ton compte est « combien je gagne quand j'ai raison, et combien je perds quand j'ai tort ».

Le chiffre qui répond à cette question s'appelle l'espérance de gain, et sa formule tient sur une ligne : espérance = (taux de réussite × gain moyen) − (taux d'échec × perte moyenne), le tout exprimé en R. Le résultat est ce que ton système rapporte, en moyenne, par trade pris. Un système n'est viable que si ce nombre est positif, et il ne le devient jamais parce qu'on l'espère très fort.

Deux relevés valent mieux qu'un discours. Le premier trader gagne sept fois sur dix, encaisse un demi R par gain et rend deux R par perte : son espérance vaut 0,7 × 0,5 − 0,3 × 2 = −0,25 R par trade. Sur cent trades il a eu raison soixante-dix fois et il a perdu vingt-cinq R. Le second gagne quatre fois sur dix, encaisse trois R par gain et rend un R par perte : 0,4 × 3 − 0,6 × 1 = +0,60 R par trade, soit soixante R sur cent trades. Le premier a raison presque deux fois plus souvent que le second.

Cette formule dit aussi où chercher quand un système ne rapporte rien, parce qu'elle n'offre que trois leviers. Tu peux gagner plus souvent, gagner davantage quand tu gagnes, ou perdre moins quand tu perds. Tout ce qui ne déplace aucun de ces trois nombres est de la décoration, et cela inclut la grande majorité des indicateurs qu'on ajoute à un graphique le soir d'une mauvaise semaine.

⚠️ Les frais entrent dans cette formule, directement et sans négociation possible. L'écart entre les deux prix, la commission et le coût de financement se retranchent de chaque trade, gagnant comme perdant. Si ton avantage vaut 0,2 R par trade et que le frottement en coûte 0,1 R, la moitié de ta méthode part chez ton intermédiaire, et ce calcul se fait avant d'ouvrir un compte plutôt qu'après cent trades.

Deux relevés de cent trades, en R +35-60gagne 7 fois sur 10+120-60gagne 4 fois sur 10R encaissésR rendus
Deux relevés de cent trades, en R Le trader de gauche a raison presque deux fois plus souvent, et il termine derrière. Ce que le taux de réussite ne montre pas, c'est la hauteur des barres qu'il rend à chaque erreur.

Le drawdown, et l'asymétrie qui le rend dangereux

Le drawdown est la baisse de ton compte depuis le plus haut qu'il a atteint. C'est le chiffre que personne n'affiche à côté de ses résultats, et le seul qui décrive ce que tu auras réellement à traverser pour les obtenir.

Sa mécanique est arithmétique et sans pitié. Le gain nécessaire pour revenir au point de départ vaut la perte divisée par ce qui reste : perdre 10 % exige d'en regagner 11, perdre 20 % en exige 25, perdre 33 % en exige 50, et perdre la moitié de son capital exige de doubler ce qu'il en reste. La courbe ne monte pas, elle s'envole, et c'est cette convexité qui fait d'une gestion prudente un calcul plutôt qu'un tempérament.

Il existe deux drawdowns, et les confondre coûte cher. Le drawdown en R est une propriété de ta méthode : c'est la plus longue descente de ta courbe mesurée en unités de risque, et elle ne dépend pas de ce que tu poses sur la table. Le drawdown en pourcentage du compte est ce que tu ressens, et il s'obtient en appliquant ton risque par trade à cette descente. Une méthode qui descend de quinze R coûte environ 15 % du compte à 1 % de risque, et la simple multiplication tombe juste à cette échelle. À 5 % elle ne tombe plus juste : elle annoncerait 75 %, alors que le compte s'arrête un peu au-dessous de la moitié, parce que chaque perte se prend sur ce qui reste et non sur le capital de départ. L'écart va toujours dans le même sens, la règle du produit exagère, et elle reste utilisable tant que le risque par trade est petit.

Le vrai danger du drawdown n'est pourtant pas arithmétique, il est humain. Un trader en baisse de 30 % ne perd pas seulement de l'argent : il perd la confiance dans la règle qui l'a mené là, change de méthode au pire moment possible, et transforme une descente ordinaire en changement définitif de trajectoire. La profondeur que ta gestion autorise doit donc se choisir en fonction de ce que tu supportes sans rien modifier, jamais en fonction de ce que la feuille de calcul tolère.

Ce qu'il faut regagner pour revenir à zéro -10+1110 %-20+2520 %-30+4330 %-40+6740 %-50+10050 %-60+15060 %perte subiegain nécessaire pour revenir au point de départ
Ce qu'il faut regagner pour revenir à zéro L'effort de retour ne suit pas la perte, il l'emballe. C'est cette courbe qui rend une gestion prudente arithmétique plutôt que timide.

La série de pertes n'est pas une panne, c'est de l'arithmétique

Une suite de pertes n'annonce pas que ta méthode s'est cassée pendant la nuit. Elle annonce que tu as tiré plusieurs fois de suite du mauvais côté, ce qui arrive à tout tirage indépendant, et qui arrive nettement plus souvent que l'intuition ne le suggère.

L'ordre de grandeur se calcule. La plus longue série de pertes attendue sur N trades vaut à peu près le logarithme de N divisé par le logarithme de un sur la probabilité de perdre. Sur cent trades avec un gagnant sur deux, la série la plus longue tourne autour de sept. Avec quatre gagnants sur dix, autour de neuf. Sur cinq cents trades à un gagnant sur deux, autour de neuf également. Ce ne sont pas des scénarios catastrophes, c'est la valeur ordinaire, celle que tu dois t'attendre à rencontrer.

La probabilité d'observer au moins une série de six pertes consécutives sur cent trades à cinquante pour cent de réussite est de l'ordre d'une chance sur deux. Descends le taux de réussite à quarante pour cent sans rien changer d'autre, et cette même probabilité passe au-dessus de quatre chances sur cinq. La raison tient dans la forme du calcul : une perte de plus dans la série multiplie sa probabilité par le taux d'échec, si bien que la longueur des séries se paie en puissance quand le taux de réussite, lui, ne bouge que de quelques points. Personne ne t'aura menti sur la méthode : tu auras simplement tiré une séquence parfaitement banale.

La conséquence pratique est un calcul, pas une prière. Huit pertes de suite à 1 % de risque laissent le compte à 92 % de son point de départ, ce qui se rattrape avec huit trades gagnants. Les mêmes huit pertes à 5 % le laissent à 66 %, et il faudra désormais regagner la moitié de ce qui reste pour revenir au point de départ. Le risque par trade n'est pas un curseur de confort, c'est ce qui décide si une série normale sera un mauvais mois ou la fin de l'histoire.

⛔ La réaction qui tue est de doubler la taille pour se refaire. Cette idée porte un nom, la martingale, elle est connue depuis le dix-huitième siècle, et sa faille est démontrée depuis presque aussi longtemps : elle exige une bourse infinie pour fonctionner, et elle fait gagner beaucoup de très petites sommes avant de tout reprendre en une seule fois. La bourse infinie n'existe pas. La reprise, si.

Le risque de ruine, et pourquoi 1 % n'est pas de la timidité

Le risque de ruine est la probabilité de descendre jusqu'à un niveau d'où l'on ne revient pas, compte tenu de trois choses seulement : ton avantage, ton risque par trade et ton capital. La question est ancienne. Elle apparaît dans la correspondance entre Blaise Pascal et Pierre de Fermat en 1656 sous le nom de problème de la ruine du joueur, Christiaan Huygens en donne une solution dès 1657 dans son De ratiociniis in ludo aleae, et William Feller la traite au vingtième siècle dans la forme qu'on lui connaît aujourd'hui.

Dans le cas le plus simple, celui où un gain rapporte exactement ce qu'une perte coûte, la formule est courte : le risque de ruine vaut le rapport entre la probabilité de perdre et celle de gagner, élevé à la puissance du nombre d'unités de risque que contient ton capital. Un compte qui risque 1 % par trade contient cent unités, un compte qui en risque 10 % n'en contient que dix, et c'est cet exposant qui fait tout le travail.

Mets un avantage modeste dans cette formule, cinquante-cinq pour cent de réussite, et regarde ce que le risque par trade produit. À 10 % de risque, la ruine survient dans treize cas sur cent. À 5 %, dans moins de deux cas sur cent. À 2 %, dans quatre cas sur cent mille. À 1 %, le nombre cesse d'avoir un sens pratique. Ce n'est pas une pente, c'est une falaise, et elle explique pourquoi un chiffre qui semble exagérément prudent est en réalité le seul qui rende une méthode indifférente à la malchance.

Attention à ce que cette formule suppose, parce que la confusion est courante : elle décrit une mise constante, celle qui découpe ton capital en un nombre entier d'unités identiques, et c'est cette mise-là qui permet d'arriver à zéro. Risquer au contraire un pour cent de ce que tu as aujourd'hui fait rétrécir la mise à mesure que le compte baisse, si bien que le zéro strict n'est jamais atteint et que la ruine change de définition : elle devient le niveau sous lequel tu ne reviens plus, parce que tu n'as plus les moyens de trader ta méthode ou plus le cœur de la suivre. Risquer un montant fixe, ou pire, un nombre de lots fixe, fait exactement l'inverse : la fraction du capital engagée grossit pendant que le compte fond, chaque perte pèse plus lourd que la précédente, et c'est ce mécanisme-là que la formule décrit fidèlement.

La théorie du sujet porte un nom, le critère de Kelly, publié par John Kelly aux laboratoires Bell en 1956, qui donne la fraction du capital maximisant la croissance sur le long terme. Deux choses à en retenir. La première est qu'il existe une fraction au-delà de laquelle risquer davantage fait gagner moins, ce qui n'a rien d'intuitif. La seconde est que cette fraction optimale produit des baisses que presque personne ne supporte, raison pour laquelle les praticiens n'en utilisent qu'une part, souvent le quart ou la moitié. ⚠️ Cette fraction se calcule sur un avantage estimé, jamais sur un avantage connu. Trente trades ne mesurent pas une espérance, ils en donnent une fourchette large, et un avantage surestimé pousse la fraction au-delà du point où risquer plus rapporte moins, c'est-à-dire exactement là où la formule cesse de protéger. Prends l'avantage que ton relevé mesure, garde-en la moitié, et pose ta taille sur ce chiffre-là plutôt que sur celui qui te plaît.

La falaise du risque de ruine 2 % → 0,004 %6 % → 3,5 %10 % → 13 %20 % → 37 %probabilité de vider le comptehypothèse : 55 % de réussite, un gain vaut un risquerisque par trade : 1 % à gauche, 25 % à droite
La falaise du risque de ruine Même méthode, même avantage, seul le risque par trade change le long de l'axe horizontal. La courbe reste collée à zéro puis décolle : ce n'est pas une pente qu'on descend par degrés, c'est un seuil qu'on franchit sans le voir venir.

La corrélation, ou trois positions qui n'en font qu'une

Trois positions ouvertes en même temps, chacune risquant un pour cent, donnent l'impression rassurante d'un risque réparti. Cette impression est fausse dès l'instant où les trois dépendent de la même chose. Ce que tu as ouvert n'est alors pas trois paris à un pour cent, c'est un seul pari à trois pour cent, et il se dénouera d'un seul coup.

Les cas les plus fréquents sont faciles à reconnaître une fois qu'on les cherche, à condition de regarder le sens et pas seulement le nom. Deux paires de devises qui partagent une monnaie ne disent la même chose que si tu es du même côté de cette monnaie : acheter une paire où l'euro est nommé en premier et vendre une paire où il est nommé en second, c'est acheter de l'euro deux fois, alors qu'acheter les deux revient à en acheter d'un côté et à en vendre de l'autre, ce qui neutralise une partie du risque au lieu de le doubler. La méthode qui ne trompe pas consiste à écrire, pour chaque position, la monnaie achetée et la monnaie vendue, puis à additionner monnaie par monnaie. Trois actions du même secteur montent et descendent avec leur secteur bien avant de bouger pour leurs propres raisons. Un indice et une action qui pèse lourd dans cet indice sont, du point de vue de ton risque, presque la même ligne.

Cela se mesure. Le coefficient de corrélation, formalisé par Karl Pearson en 1896 à partir des travaux de Francis Galton, va de −1 à +1 : un signifie que les deux séries montent et descendent ensemble, moins un qu'elles font toujours l'inverse. Zéro mérite une précision, parce que c'est là qu'on se rassure à tort : il dit qu'aucune relation linéaire ne relie les deux séries, ce qui n'est pas la même chose que l'indépendance. Deux instruments peuvent parfaitement afficher zéro en temps normal et plonger de concert le jour où le même facteur les frappe tous les deux. Le coefficient se calcule sur les variations, pas sur les prix, et sur une fenêtre récente. La règle de travail la plus simple consiste à traiter comme une seule position tout groupe dont les corrélations dépassent 0,7 en valeur absolue.

⚠️ Une corrélation n'est pas une constante. Elle monte quand le marché s'affole, parce que dans une panique tout le monde vend tout en même temps et que la seule chose qui compte devient le besoin de liquidités. La diversification que tu as mesurée dans le calme disparaît donc précisément le jour où tu comptais dessus, et deux positions qui se couvraient l'une l'autre pendant six mois peuvent parfaitement perdre ensemble en une heure.

La parade est une règle de plafond, écrite avant la séance et pas pendant. Un pour cent par trade, trois pour cent de risque ouvert au maximum à tout instant, et un groupe corrélé qui compte pour une seule ligne dans ce plafond. Cette règle ne coûte rien les jours ordinaires, et elle est à peu près la seule chose qui te protège les autres.

Trois positions, un seul pari les trois stopsune seule nouvelletrois lignes, trois idées séparées1 % + 1 % + 1 %= 3 % sur un seul mouvement
Trois positions, un seul pari Trois instruments qui dépendent du même facteur montent ensemble et rendent ensemble. Les trois stops se déclenchent dans la même heure, et le compte encaisse trois pour cent là où le plan en prévoyait un.

S'entraîner : recalculer ton propre relevé en R

Rien de ce qui précède ne devient réel tant que tu ne l'as pas appliqué à tes propres trades. Voici l'exercice. Il demande une heure la première fois et vingt minutes ensuite, et il se mène sur tes trente derniers trades, réels, en démonstration ou relevés sur historique, peu importe lesquels du moment qu'ils sont à toi.

Pour chaque trade, écris trois colonnes : le risque en monnaie au moment de l'entrée, le résultat en monnaie, et le quotient des deux, qui est ton résultat en R. Cette troisième colonne est tout l'exercice. La première surprise arrive en général ici, quand on découvre que plusieurs pertes valent deux ou trois R alors qu'elles étaient censées en valoir exactement un.

Calcule ensuite les quatre nombres de la leçon : ton taux de réussite, ton gain moyen en R, ta perte moyenne en R, et l'espérance qui en découle, soit (taux de réussite × gain moyen) − (taux d'échec × perte moyenne). Écris le résultat sur une seule ligne, en haut de la feuille, parce que c'est le seul chiffre que tu regarderas les mois suivants.

Repère enfin ta plus longue série de pertes et ta plus forte descente, toutes deux lues sur la colonne en R. Compare la série au repère de la sixième section : si la tienne est plus courte que ce que la statistique prévoit, ce n'est pas que ta méthode est meilleure, c'est que ton échantillon est trop petit. Multiplie ensuite la descente par ton risque par trade, et tu obtiens ce que cette même méthode t'aurait coûté en pourcentage de compte.

Ce que la plupart des débutants découvrent en faisant cet exercice une seule fois est toujours la même chose : l'espérance est négative à cause de trois ou quatre trades où le R a dérapé, et non à cause du choix des entrées. Le correctif ne se trouve donc dans aucun indicateur, aucune unité de temps et aucune configuration supplémentaire. Il se trouve dans la colonne du risque, celle qu'on remplit avant d'entrer. Refais donc cette feuille chaque mois, avec les trades du mois écoulé. Au bout de six mois tu disposeras d'une série d'espérances mesurées plutôt que d'une opinion sur ton niveau, et tu sauras dire, chiffre à l'appui, si ce que tu changes améliore réellement quelque chose ou déplace seulement le problème.

Ce qu'il faut retenir

  • La taille de position est un quotient : ce que le trade peut coûter, divisé par la distance au stop multipliée par la valeur du point. Elle change à chaque trade.
  • Un stop marque le prix qui prouve que tu avais tort, jamais la somme que tu acceptes de perdre.
  • Un R vaut le risque INITIAL du trade. C'est la seule unité qui rende comparables deux instruments, deux comptes et deux mois.
  • Le taux de réussite seul ne dit rien. L'espérance se calcule : (taux de réussite × gain moyen) − (taux d'échec × perte moyenne), en R.
  • Le retour d'un drawdown n'est pas symétrique : perdre la moitié de son capital exige de doubler ce qu'il en reste.
  • Une série de six ou sept pertes sur cent trades est ordinaire. Ton risque par trade doit la rendre supportable sans rien changer.
  • Le risque de ruine ne monte pas doucement avec le risque par trade, il décolle. C'est ce qui rend 1 % arithmétique plutôt que timide.
  • Trois positions corrélées sont une seule position. Fixe un plafond de risque ouvert et compte un groupe corrélé pour une seule ligne.

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