Oshi Academy L'analyse technique · 16 min

Les bougies japonaises

Aucune famille de figures n'a produit autant de littérature, et aussi peu de résultats mesurables, que les bougies japonaises. La raison n'est pas que la bougie soit inutile : c'est l'objet le plus dense de tout le graphique. La raison est qu'on l'enseigne à l'envers, en commençant par un catalogue de noms au lieu de commencer par ce qu'une bougie contient. Cette leçon fait le chemin dans l'autre sens. Elle part du marché du riz d'Osaka au dix-huitième siècle, arrive à l'anatomie exacte des quatre prix, et se termine par un exercice que tu peux faire ce soir sur tes propres entrées.

Le riz d'Osaka, trois siècles avant ton écran

Le décor est un entrepôt. À Osaka, les seigneurs féodaux stockaient le riz de leurs domaines et émettaient contre lui des coupons, qui donnaient droit à une livraison future. Ces coupons s'échangeaient au Dojima Rice Exchange, en activité dès la fin du dix-septième siècle et reconnu officiellement par le shogunat en 1730. On le décrit souvent comme le premier marché à terme organisé du monde. Le détail qui compte pour nous est ailleurs : on y échangeait un contrat et non des sacs, donc il fallait suivre un prix dans le temps, et le noter.

C'est là qu'apparaît Munehisa Homma, marchand de riz de Sakata, dans la province de Dewa, né en 1724 et mort en 1803. On lui attribue un corps de règles connu sous le nom de règles de Sakata, cinq méthodes bâties sur des groupes de trois : trois montagnes, trois rivières, trois trous, trois soldats, trois méthodes. L'honnêteté oblige à préciser que cette attribution est en partie légendaire. Les textes qui portent son nom ont été recopiés et remaniés pendant deux siècles, et la représentation en bougies telle que tu la connais s'est fixée plus tard. Ce qui est documenté, c'est le marché, le corpus, et l'idée qui le tient.

Cette idée est la seule chose de tout l'héritage qui n'ait pas vieilli d'un jour. Un prix ne reflète pas seulement l'offre et la demande de riz : il reflète l'état d'un rapport de force entre ceux qui l'échangent. Homma tenait un relevé des récoltes et du temps, mais il notait aussi le comportement de la foule des marchands. Trois siècles plus tard, la phrase tient toujours : une bougie encode un rapport de force sur une durée, pas une valeur.

L'Occident a découvert la chose très tard. C'est Steve Nison qui a fait connaître la représentation en bougies aux marchés occidentaux avec Japanese Candlestick Charting Techniques, paru en 1991. En trois décennies elle est devenue l'affichage par défaut de presque tous les logiciels de graphique. Ce succès a un revers dont on paie encore le prix : on a importé le catalogue de noms en même temps que l'outil, alors que le catalogue est de très loin la partie la moins solide de l'héritage.

Ce qu'un graphique en ligne jette à la poubelle

Un graphique en ligne relie un prix par période, presque toujours la clôture. Une bougie en affiche quatre : ouverture, plus haut, plus bas, clôture. Le rapport est de un à quatre, et la différence n'a rien de décoratif : ce sont trois informations par période que la ligne efface sans le dire.

Ce que la ligne perd, c'est le trajet. Une séance qui plonge fortement puis reprend tout ce qu'elle avait perdu finit là où elle a commencé. La ligne y trace un point plat, et rien n'indique que le marché est allé chercher un prix bien plus bas et l'a rendu en quelques heures. La bougie garde la trace de cette descente sous la forme d'une mèche, c'est-à-dire sous la forme d'un prix atteint puis refusé.

Prends l'exemple qui rend la chose concrète. Cinq séances de suite dont chacune va chercher le même prix bas et remonte. Sur une ligne : cinq points à peu près alignés, rien à signaler, une semaine sans histoire. En bougies : cinq mèches qui s'arrêtent au même endroit, autrement dit cinq refus au même prix. Ce n'est pas la même information, et la seconde est celle qui sert à décider.

⚠️ Une limite à connaître avant même le premier nom de figure : une bougie ne dit pas dans quel ordre les choses se sont passées. Elle ne dit pas si le plus haut est venu avant le plus bas. Deux séances au dessin rigoureusement identique peuvent raconter deux histoires opposées, et aucun logiciel ne peut trancher à partir de la bougie seule. Il faut descendre d'une unité de temps pour le savoir, ce qui est déjà l'aveu que la bougie est un résumé.

Le même marché, avec et sans le trajet UN PRIX PAR PÉRIODE cinq séances,rien à signaler QUATRE PRIX PAR PÉRIODE cinq refusau même prix
Le même marché, avec et sans le trajet La courbe relie cinq clôtures et ne montre rien. Les mêmes cinq séances en bougies montrent cinq refus au même prix. La bougie n'ajoute pas du style, elle ajoute trois prix par période.

Quatre prix, deux informations

L'anatomie exacte, une fois pour toutes. L'ouverture est le premier prix échangé de la période, la clôture le dernier. Le corps est le rectangle qui relie les deux. Le plus haut et le plus bas sont les extrêmes atteints entre les deux instants, et les mèches, appelées aussi ombres, sont les traits fins qui vont du corps jusqu'à ces extrêmes.

La couleur n'est pas une cinquième donnée. Elle n'est que le signe de la différence entre la clôture et l'ouverture : verte quand la clôture est au-dessus, rouge quand elle est en dessous. Changer la palette de ton logiciel ne change rien à ce que la bougie contient, et le débutant qui croit lire un signal dans la couleur relit simplement deux fois la même information.

Voilà les deux informations qu'une bougie porte vraiment. Les mèches disent où le prix a voulu aller : ce sont des prix qui ont été atteints puis rendus, donc des endroits où quelqu'un a refusé de suivre. Le corps dit qui a gagné la période : le sens et la distance entre le premier et le dernier prix échangés. Tout le reste du vocabulaire, y compris les noms les plus exotiques, se déduit de ces deux lectures.

⚠️ Une bougie ne se lit jamais dans l'absolu. « Longue mèche » veut dire longue par rapport aux vingt bougies précédentes du même graphique, jamais longue en points. Une même distance en points est énorme sur un marché calme et strictement invisible pendant une séance de publication économique. Toute lecture de bougie est une lecture relative à son voisinage immédiat, sinon ce n'est pas une lecture, c'est une mesure prise avec une règle sans graduation.

Deux informations, pas quatre-vingts figures plus haut atteintclôtureouvertureplus bas atteintmèchemèchecorpsoù le prix a VOULU allerqui a GAGNÉ la séance
Deux informations, pas quatre-vingts figures Les mèches disent où le prix a VOULU aller. Le corps dit qui a GAGNÉ la séance. Le reste du vocabulaire des figures se déduit de ces deux lectures.

Trois lectures qui remplacent le catalogue

Trois formes couvrent l'essentiel de ce que les figures nommées recouvrent. Le refus : un petit corps à un bout, une longue mèche à l'autre. Le prix est allé chercher un niveau et ne l'a pas gardé. La conviction : un corps large, presque pas de mèche. La période a été tenue d'un bout à l'autre dans le même sens. L'indécision : un corps minuscule entre deux mèches. Les deux camps se sont annulés.

Compare maintenant ce que ce classement remplace. La bibliothèque libre TA-Lib, dont le code source est public et se compte donc sans discussion possible, expose soixante et une fonctions de reconnaissance de figures en bougies. Ouvre la liste et range chaque entrée dans une des trois cases : le marteau, le pendu, l'étoile filante et le marteau inversé sont des refus ; les grands corps et leurs variantes sont des convictions ; le doji et toutes ses déclinaisons sont des indécisions. Il ne reste presque rien en dehors des trois cases.

Le classement n'est pas un raccourci paresseux, il corrige un défaut réel du catalogue. Deux figures qui portent deux noms différents peuvent ne différer que de quelques pour cent de rapport entre corps et mèche, et le seuil qui les sépare change d'une source à l'autre. Prends la définition du même marteau chez trois auteurs, compte les occurrences sur les mêmes données, tu obtiendras trois comptes différents. Trois lectures qui décrivent un rapport de force sont plus robustes que soixante définitions au seuil arbitraire.

Ce que tu y gagnes en pratique est immédiat : tu n'as plus rien à mémoriser. Tu regardes une bougie et tu la nommes en quatre mots au plus. Refus par le bas. Conviction acheteuse. Indécision. Si la phrase ne vient pas toute seule, c'est que la bougie ne dit rien de clair, ce qui est aussi une réponse, et une réponse qui a l'avantage de ne rien coûter.

Un marteau, trois définitions, trois comptes MÈCHE ≥ 2 × LE CORPS le seuil✓ comptée : la mèchefait 4,7 fois le corps MÈCHE ≥ 2/3 DE L'AMPLITUDE le seuil✗ rejetée : 64 % del'amplitude, il en fallait 67 MÈCHE HAUTE ≤ 10 % le seuil✗ rejetée : la mèche hautefait 23 % de l'amplitude
Un marteau, trois définitions, trois comptes Une seule et même bougie, passée dans trois définitions du marteau prises chez trois sources. La première la compte, les deux autres la rejettent. Une figure dont le seuil bouge d'un auteur à l'autre ne peut entrer dans aucun relevé, donc tu ne sauras jamais si elle marche chez toi.

L'endroit compte plus que la forme

Une bougie de refus apparaît des centaines de fois par an sur n'importe quel instrument. Si sa seule présence donnait un avantage, il ne resterait plus rien de cet avantage depuis longtemps : la figure est visible par tout le monde, gratuitement, et repérable par n'importe quel programme en trois lignes de code. Ce qui n'est pas également disponible, c'est le contexte dans lequel elle tombe.

La même indécision au milieu de nulle part ne dit rien du tout, parce que personne ne sait de quoi elle est l'indécision. La même, au contact d'une zone repérée avant qu'elle arrive, dit quelque chose de précis : à cet endroit, la baisse a cessé d'être facile. Le contexte porte le signal, la figure ne fait que le dater.

L'ordre de la chaîne est toujours le même, et la figure en est le dernier maillon : le régime d'abord, la zone ensuite, l'unité de temps, puis seulement le déclencheur. Apprendre les noms de figures sans les trois premiers maillons revient à apprendre à lire l'heure sans posséder de montre. C'est aussi la raison pour laquelle un débutant qui connaît quatre-vingts noms ne trade pas mieux qu'un débutant qui n'en connaît aucun : il a appris la fin de la chaîne.

Le test honnête. Cache le nom de la figure. Demande-toi si tu prendrais le trade en connaissant seulement le contexte, c'est-à-dire le régime, la zone et l'endroit précis où le prix se trouve. Si la réponse est oui, la figure est un confort qui t'aide à appuyer sur le bouton, ce qui a une vraie valeur psychologique. Si la réponse est non, aucune figure ne rattrapera un contexte absent, et ce que tu t'apprêtes à prendre est une entrée sur un nom.

La même bougie, à deux endroits la zoneici : rienici : une informationzone repérée AVANTque le prix y arrive
La même bougie, à deux endroits À gauche, une indécision au milieu de nulle part : personne ne sait de quoi elle est l'indécision. À droite, la même forme, au contact d'une zone repérée avant que le prix y arrive. Seul l'endroit a changé.

Attends la clôture

Une bougie en cours n'est pas une bougie, c'est un état provisoire. Son corps se déplace jusqu'à la dernière seconde, et ses extrêmes ne peuvent que s'écarter, jamais se resserrer. Le marteau parfait que tu regardes à quarante minutes de la fin d'une bougie horaire peut très bien se refermer en corps plein baissier, et la figure sur laquelle tu es entré n'aura jamais existé.

Ce que ça coûte se mesure, et se mesure sur tes propres relevés plutôt que sur une croyance. Ajoute à ton journal une colonne à deux valeurs : entrée prise avant ou après la clôture de la bougie de signal. Au bout de cinquante trades, sépare les deux populations et regarde. Une seule précaution, et elle décide de la valeur du relevé : la colonne se remplit au moment du clic, jamais le soir. Renseignée après coup, elle enregistre ce dont tu te souviens, c'est-à-dire exactement la chose que le relevé cherchait à corriger.

La contrepartie existe, et l'ignorer serait malhonnête. Attendre la clôture coûte la distance entre le point où tu aurais pu entrer et le prix de clôture. Cette distance est elle aussi mesurable : note-la à chaque fois, fais-en la moyenne, tu obtiens le prix exact de ta patience. Compare ce prix au coût des entrées prises sur des figures qui ne se sont jamais formées. Les deux chiffres sortent du même journal, et cet arbitrage-là est le seul qui vaille, parce qu'il est fait avec tes données.

⛔ Un piège qui vide la question de son sens si tu l'ignores : la clôture d'une bougie journalière dépend de l'heure du serveur de ton courtier. Deux courtiers dont les serveurs sont décalés de deux heures affichent deux bougies journalières différentes sur le même marché, avec des marteaux qui n'apparaissent pas les mêmes jours. La figure n'est pas dans le marché, elle est dans le découpage. Vérifie l'heure de coupure de ton graphique avant de bâtir quoi que ce soit sur des bougies journalières.

La même bougie, quarante minutes plus tard À 40 MINUTES DE LA FIN ouvertureun marteau parfait,tu entres À LA CLÔTURE ouverturele plus bas d'il y a 40 minun corps plein baissier,la figure n'a jamais existé
La même bougie, quarante minutes plus tard Le corps se déplace jusqu'à la dernière seconde et les extrêmes ne peuvent que s'écarter. Une figure lue avant la clôture est une figure qui n'a pas encore eu lieu.

Une bougie n'existe qu'à la hauteur où tu la regardes

Une bougie journalière est faite de deux cent quatre-vingt-huit bougies de cinq minutes sur un marché ouvert vingt-quatre heures. Sa longue mèche basse, celle que tu appelles un refus, c'est une chute entière suivie d'une remontée entière, avec ses propres refus, ses propres convictions et ses propres indécisions à l'intérieur.

La fusion conserve les extrêmes et détruit tout le reste. Le plus haut et le plus bas de la journée sont ceux des deux cent quatre-vingt-huit bougies réunies, ils survivent donc intacts, au point près. Les corps, eux, s'annulent entre eux : le corps journalier ne retient que l'écart entre le premier prix et le dernier, sans rien garder du nombre d'allers-retours qu'il a fallu pour aller de l'un à l'autre. Le marteau journalier que tu vois n'est donc pas un événement, c'est un résumé, et descendre d'un cran ne le confirme jamais : ça le dissout en plusieurs heures de trajet dont une bonne moitié va dans l'autre sens.

L'autre conséquence tient au caractère arbitraire du découpage. Décale la frontière des bougies d'une demi-heure et une partie des figures disparaît, remplacée par d'autres qui n'étaient pas là. Rien n'a changé sur le marché, seule la grille a bougé. Un signal qui ne survit pas à un décalage de grille est un artefact de la grille, pas une propriété du marché.

Le remède est celui de la leçon sur l'analyse technique, et il n'a pas besoin d'être réécrit ici : une unité de décision, choisie et gardée. Ce qui appartient en propre aux bougies, c'est la façon de vérifier que tu la gardes. Note l'unité de temps à côté de chaque figure que tu relèves dans ton journal, en même temps que la figure. Le jour où une entrée porte une unité plus basse que celle de ta décision, tu n'as pas trouvé une figure, tu as changé de grille jusqu'à en fabriquer une.

Le même prix, deux grilles horaires LES PRIX, EN 15 MINUTES les mêmes prixdans les trois panneaux GROUPÉS À L'HEURE PILE un marteau : mèchecontre corps, 17 pour 1 GROUPÉS À LA DEMIE deux corps pleins,plus aucun marteau
Le même prix, deux grilles horaires Douze bougies de quinze minutes, regroupées en heures de deux façons. À l'heure pile, un marteau au milieu. En décalant la frontière d'une demi-heure, il n'existe plus : deux corps pleins à sa place. Pas un prix n'a changé, seule la grille a bougé.

Les figures à deux et trois bougies qui valent la peine

Trois seulement méritent qu'on retienne leur nom, et toutes les trois pour la même raison : chacune décrit une mécanique, pas une silhouette. Une mécanique se vérifie, une silhouette se discute.

L'avalement d'abord, parce qu'il ne dit rien de plus que la fusion de ses deux bougies. Fusionne-les : l'ouverture est celle de la première, la clôture celle de la seconde, les extrêmes sont les extrêmes des deux. Il en sort une bougie à petit corps et longue mèche, autrement dit un refus.

⚠️ On lit partout qu'un avalement est la bougie du cran au-dessus. C'est vrai à une condition que personne n'énonce : il faut que les deux bougies tombent dans la même case de la grille supérieure. Un avalement formé à cheval sur deux heures paires ne correspond à aucune bougie de deux heures que ton graphique dessinera jamais. Fais la fusion au crayon sur trois avalements de ton graphique horaire, puis ouvre le deux heures : tu en retrouveras environ un sur deux, et ceux que tu ne retrouves pas auront exactement la même valeur de lecture que les autres.

La bougie intérieure ensuite, celle dont les extrêmes tiennent entièrement dans ceux de la bougie précédente. Elle dit une chose précise et vérifiable en un coup d'œil : la période n'a produit aucun nouvel extrême. C'est la définition la plus propre d'une pause qu'on puisse écrire, et elle sert à repérer une contraction, sans rien prédire du sens dans lequel elle se résoudra.

La séquence de corps pleins dans le même sens enfin, ce que les règles de Sakata appelaient les trois soldats. Elle décrit un déplacement, c'est-à-dire une suite de périodes où un camp a tenu sans reprendre son souffle. L'honnêteté oblige à ajouter qu'au moment où on la reconnaît, l'essentiel du déplacement est souvent derrière, ce qui en fait un bon descripteur et un mauvais déclencheur.

Pourquoi les autres ne valent pas la peine. Elles se distinguent par des seuils qu'aucune source ne fixe pareil, elles portent des noms qui suggèrent une issue que personne n'a mesurée, et surtout elles se comptent mal. Une figure dont trois auteurs donnent trois définitions ne peut pas entrer dans un relevé statistique, donc tu ne sauras jamais si elle fonctionne pour toi, sur ton instrument, sur ton unité de temps. Une lecture qu'on ne peut pas compter n'est pas une lecture, c'est une décoration.

Un avalement, une fois ses deux bougies fusionnées DEUX BOUGIES EN 1 HEURE « avalement haussier » LES DEUX, FUSIONNÉES une longue mèche basse,c'est-à-dire un refus
Un avalement, une fois ses deux bougies fusionnées Ouverture de la première, clôture de la seconde, extrêmes des deux : il en sort une bougie à petit corps et longue mèche basse, autrement dit un refus. La figure à deux bougies ne dit rien de plus que ce refus. Attention, cette fusion ne coïncide avec la bougie du cran au-dessus que si les deux tombent du même côté de la frontière horaire.

S'entraîner : relis tes entrées, avant et après la clôture

Cet exercice dure une heure et demande zéro connaissance nouvelle. Il répond à une question que presque personne ne se pose, et qui porte sur ce que tu as réellement fait plutôt que sur ce que tu crois faire : combien de mes entrées reposaient sur une bougie qui n'a jamais existé ?

Sors tes cinquante dernières entrées avec leur horodatage et l'unité de temps sur laquelle tu as décidé. Pour chacune, réponds par oui ou par non à une seule question : au moment où j'ai cliqué, la bougie de signal était-elle refermée ? Tu obtiens deux tas, et tu as déjà appris quelque chose rien qu'en regardant leur taille respective.

Prends maintenant le tas des entrées prises avant la clôture et rouvre le graphique à la bonne date. Pour chacune, regarde la bougie une fois terminée et demande-toi si la figure que tu as vue existait encore. Compte celles qui avaient disparu. Ce nombre est ton premier chiffre. Rapporté à la taille du tas, il te donne la part de tes entrées bâties sur une figure imaginaire, et c'est une part que personne ne connaît tant qu'il ne l'a pas comptée.

Deuxième chiffre, celui de la patience. Pour ces mêmes entrées, mesure la distance entre ton prix d'entrée réel et la clôture de la bougie de signal. Fais-en la moyenne. C'est exactement ce que l'attente t'aurait coûté, exprimé dans l'unité de ton instrument. Tu as maintenant les deux termes de l'arbitrage, chiffrés, et ils t'appartiennent.

Troisième passage, celui qui apprend le plus. Reprends les entrées prises après la clôture et, pour chacune, écris en une ligne le contexte : le régime du moment, et si oui ou non le prix était au contact d'une zone repérée à l'avance. Croise cette ligne avec le résultat du trade. Si tes meilleures entrées sont celles où le contexte était écrit avant que la figure n'apparaisse, tu viens de vérifier sur tes propres données la phrase centrale de cette leçon, et tu n'as plus besoin de me croire.

⚠️ Cinquante trades, c'est peu. Lis la direction de l'écart, pas la décimale, et refais le relevé au trimestre suivant. Un écart qu'on retrouve sur deux relevés indépendants dit quelque chose de ta façon de trader. Le même écart vu une seule fois peut n'être que la trace de dix trades pris la même semaine, sur le même instrument, dans le même état d'esprit.

Ce qu'il faut retenir

  • Les bougies viennent du marché du riz d'Osaka au dix-huitième siècle, et ne sont arrivées en Occident qu'en 1991.
  • Une ligne montre un prix par période, une bougie en montre quatre. Ce qu'elle ajoute, c'est le trajet.
  • Deux informations, pas plus : les mèches disent où le prix a voulu aller, le corps dit qui a gagné la période.
  • La couleur n'est pas une donnée, c'est le signe de la différence entre clôture et ouverture.
  • Refus, conviction, indécision. Trois lectures rangent l'essentiel des soixante et une figures cataloguées.
  • Le contexte porte le signal, la figure ne fait que le dater. Cache le nom, et vois s'il reste un trade.
  • Une bougie en cours n'existe pas encore, et sa clôture dépend en plus de l'heure du serveur de ton courtier.
  • Une bougie n'existe qu'à la hauteur où tu la regardes : un marteau journalier est une séance entière en cinq minutes.

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