Un tableur pour suivre ses cryptos, c'est gratuit, c'est à toi, et ça marche. Jusqu'au jour où la même pièce dort sur trois plateformes, où un swap n'a pas de prix d'achat évident, et où la colonne « valeur » n'a plus été mise à jour depuis six semaines.
- Un tableur de suivi n'est pas un journal de trades : il répond à « combien vaut ce que je détiens », pas à « comment j'ai tradé ».
- Six colonnes suffisent, et chaque colonne ajoutée est une saisie de plus à tenir dans le temps.
- Le point fragile d'un tableur : la même pièce détenue sur deux plateformes, comptée deux fois ou oubliée à moitié.
- La mise à jour des cours est le vrai coût : elle revient à chaque consultation, et un cours qui n'a pas été rafraîchi ne se signale pas.
Le tableur est le premier réflexe, et c'est un bon réflexe. Il ne coûte rien : Excel s'utilise gratuitement sur le web avec un compte Microsoft, comme l'indique la page de Microsoft 365 pour le web. Il ne demande à personne l'accès à tes comptes, et tu en maîtrises chaque cellule. Cet article donne la structure minimale qui tient dans le temps, puis nomme franchement les trois endroits où elle finit par céder. Pas pour te vendre autre chose à la troisième ligne : pour que tu saches d'avance à quoi t'attendre.
Ce qu'un tableau de suivi doit contenir, et rien de plus
La tentation est de tout mettre. C'est exactement ce qui condamne le fichier : plus il y a de colonnes à remplir, plus le coût de chaque saisie monte, et un tableur qu'on ne remplit plus ne vaut rien. Six colonnes suffisent à répondre à la seule question que tu poses vraiment, qui est « combien vaut ce que je détiens, et combien il m'a coûté ».
| Colonne | Ce qu'elle porte | Pourquoi elle est indispensable |
|---|---|---|
| Actif | BTC, ETH, SOL… | La clé de regroupement. Une ligne par actif ET par plateforme, jamais une ligne par achat |
| Quantité | Le nombre d'unités détenues | Ce que tu possèdes réellement, décimales comprises |
| Plateforme | Exchange, wallet, cold storage | Sans elle, impossible de savoir où est ton capital ni de rapprocher un solde |
| Prix de revient unitaire | Ce que t'a coûté une unité, en moyenne | La seule colonne qui transforme une valeur en résultat |
| Cours du jour | Le prix de marché actuel | La colonne qui se périme, et qu'il faut donc rafraîchir |
| Valeur | Quantité × cours | Se calcule, ne se saisit jamais à la main |
Tout le reste se déduit de ces six-là. La plus-value latente est la valeur moins le coût total. Le poids d'une ligne est sa valeur divisée par le total. La performance en pourcentage est la plus-value rapportée au coût. Si tu te surprends à saisir à la main une valeur qu'une formule pourrait produire, c'est le signe que le fichier va bientôt diverger d'avec la réalité.
Une colonne facultative mérite d'être citée parce qu'elle sert plus qu'on ne croit : la date de la dernière vérification de la ligne. Elle ne sert pas au calcul, elle sert à savoir à quel point tu peux faire confiance au total affiché.
Le piège nº 1 : la même pièce sur deux plateformes
C'est le premier défaut à guetter dès qu'une pièce est rangée à deux endroits. Tu détiens de l'ether sur un exchange et de l'ether sur un wallet matériel (ce que ce choix change pour la garde de tes fonds est expliqué dans les bases du trading de crypto). Deux lignes, donc. Et à partir de là, trois erreurs deviennent possibles.
- Le double comptage du poids. Chaque ligne calcule sa part du total dans son coin. L'ether apparaît deux fois dans le camembert, à 12 % et à 9 %, et tu ne lis nulle part que tu es en réalité exposé à 21 % sur un seul actif.
- Le prix de revient coupé en deux. Chaque ligne porte son propre coût moyen. Aucune des deux ne te dit ce que t'a coûté ta position entière, qui est pourtant la seule chose qui compte quand tu décides de vendre.
- Le transfert qui invente une plus-value. Tu déplaces des cryptos de l'exchange vers ton cold storage. Si tu recrées une ligne au cours du jour au lieu de conserver le prix de revient d'origine, ton tableur t'annonce un gain qui n'a jamais eu lieu, et il efface la vraie performance de la position.
La parade dans un tableur existe : une feuille de détention par plateforme, et une feuille de synthèse qui agrège par actif avec un SOMME.SI par feuille, la fonction qui additionne les valeurs d'une plage répondant à un critère (fonction SOMME.SI d'Excel). Le coût total se somme, la quantité totale se somme, et le prix de revient consolidé est le rapport des deux. Ça fonctionne. Ça demande simplement de ne jamais oublier de répercuter une nouvelle ligne dans la synthèse, et c'est là que la discipline s'use. Dans un portefeuille crypto gratuit où tu saisis chaque actif une seule fois, avec sa quantité et son coût entiers, il ne reste rien à agréger.
Le piège nº 2 : le prix de revient après un swap
Tant que tu achètes avec des euros, le prix de revient est évident : le montant payé divisé par la quantité reçue. La difficulté commence quand tu échanges une crypto contre une autre. Tu convertis du SOL en ETH : quel est le prix de revient de l'ETH que tu viens de recevoir ?
Les normes comptables internationales répondent ainsi : un actif reçu en échange d'un autre s'évalue à la juste valeur, c'est-à-dire la valeur de marché, de celui que tu as cédé, au moment de l'échange (norme IAS 38, paragraphes 45 à 47). C'est la norme que le comité d'interprétation des IFRS applique aux cryptomonnaies qui ne sont pas détenues pour être revendues dans le cours normal d'une activité (décision « Holdings of Cryptocurrencies » de juin 2019). Autrement dit, ton nouvel ETH te coûte ce que valait ton SOL à cet instant, et le gain ou la perte du SOL se note à part. Si tu reportes à la place le prix de revient historique du SOL, la performance affichée de l'ETH mélange deux positions. C'est une convention de suivi, pas une règle fiscale.
Le cas des achats fractionnés est plus simple mais tout aussi facile à rater. Trois achats de la même pièce à trois prix différents ne donnent pas trois lignes : ils donnent une ligne dont le prix de revient est la moyenne pondérée par les quantités, jamais la moyenne des trois prix. C'est la méthode du coût moyen pondéré, l'une des deux que décrit la norme IAS 2, paragraphes 25 et 27, avec celle du premier entré, premier sorti. Exemple : 0,5 ETH à 2 000 €, 1 ETH à 1 600 € et 0,5 ETH à 2 400 € coûtent 3 800 € pour 2 ETH, soit 1 900 € l'unité, alors que la moyenne des trois prix donne 2 000 €.
Le piège nº 3 : les cours, qui se périment
C'est le plus banal. Un tableur ne connaît pas de lui-même le prix du bitcoin : soit tu le saisis à la main, soit tu vas le chercher par une fonction de cours ou par un complément. Chaque voie a son défaut.
| Méthode | Ce qu'elle coûte | Où elle casse |
|---|---|---|
| Saisie manuelle | Quelques minutes à chaque consultation | Elle ne tient que si tu la refais à chaque fois. Sinon le total affiché devient faux sans prévenir |
| Fonction de cours intégrée au tableur | Rien au départ | Documentée pour les actions, les fonds et les devises, sans un mot sur les cryptos. Cours différés, fournis « en l'état » |
| Complément branché sur une API de cours | Une clé d'API à gérer, un plafond d'appels, un complément à installer | Sans le complément, la formule affiche #NAME?. Au-delà du plafond, elle affiche une erreur de limite |
Ce que disent les documentations. Microsoft présente son type de données Actions pour un symbole boursier, une société ou un fonds, avec des informations qu'il dit différées et fournies « en l'état » (aide d'Excel sur les cours d'actions). Google annonce pour la fonction GOOGLEFINANCE des cours différés jusqu'à 20 minutes. Aucune des deux pages ne cite une cryptomonnaie. Le complément de CoinGecko, lui, les couvre, mais il demande une clé d'API et renvoie une erreur de limite quand le plafond d'appels est dépassé (documentation de CoinGecko pour Excel).
Le point commun des trois : un cours qui n'a pas été rafraîchi ne se signale pas. Dans Excel, Microsoft renvoie à Données, Actualiser tout pour s'assurer qu'une cotation est à jour (aide d'Excel sur les taux de change) ; dans Google Sheets, les formules du complément CoinGecko restent en cache une à deux heures (documentation de CoinGecko pour Google Sheets). La cellule garde sa dernière valeur, le total reste plausible, et tu peux décider sur un chiffre ancien. Un tableur ne date un cours que si tu lui ajoutes une colonne pour ça.
Quand le tableur suffit, et quand il ne suffit plus
Il n'y a pas de réponse universelle, mais il y a un seuil assez net. Le tableur reste le bon outil tant que tu détiens peu de lignes, sur une ou deux plateformes, et que tu regardes ton portefeuille de temps en temps. Il cesse de l'être quand l'une de ces trois choses arrive.
- Tu détiens le même actif à plus de deux endroits, et tu ne sais plus dire de tête ton exposition totale dessus.
- Tu as commencé à échanger des cryptos entre elles, donc ton prix de revient dépend de calculs que tu ne referas pas à la main.
- Tu ouvres le fichier et ta première pensée est « il faut que je mette à jour les cours » plutôt qu'une question sur ton portefeuille.
Si tu en es là, la suite n'est pas nécessairement de payer quelque chose. Le suivi de portefeuille crypto de Tradoshi reprend ce travail, gratuitement et sur tous les plans : tu saisis à la main ce que tu détiens, cold storage compris, avec ce que la position t'a coûté au total si tu le sais, et les cours, la valeur, le poids de chaque actif et la plus-value latente sont calculés pour toi. Saisis chaque actif une seule fois, avec sa quantité et son coût entiers : le piège nº 1 n'a plus de prise, puisqu'il ne reste rien à agréger.
Et une précision qui a son importance : ce suivi ne demande aucun relevé de trading. Tu n'as rien à importer et aucun compte à connecter pour t'en servir.
Ne pas confondre suivi de portefeuille et journal de trading
Les deux se ressemblent de loin et répondent à des questions opposées. Le suivi de portefeuille regarde ce que tu détiens : sa valeur, son coût, sa répartition. Le journal de trading regarde ce que tu as fait : tes entrées, tes sorties, ta discipline, ton edge.
Un investisseur qui achète et conserve n'a besoin que du premier. Un trader actif a besoin des deux, et tout faire tenir dans un seul onglet brouille l'un et l'autre. Si tu passes des trades, la partie journal a ses propres exigences, détaillées dans notre guide du journal de trading crypto : le 24/7, le funding des perpétuels, les frais maker et taker.
Et si tu préfères tenir aussi ce journal dans un tableur, c'est le sujet de l'article sur le modèle de journal de trading Excel.
Questions fréquentes
Un tableur suffit-il pour suivre un portefeuille crypto ?
Oui, tant que tu as peu de lignes, une ou deux plateformes, et que tu acceptes de mettre à jour les cours toi-même. Il cesse de suffire quand le même actif est réparti à plusieurs endroits ou quand tu échanges des cryptos entre elles, parce que le prix de revient devient un calcul à refaire à chaque mouvement.
Comment calculer le prix de revient quand j'ai acheté plusieurs fois ?
En moyenne pondérée par les quantités : la somme de ce que tu as payé, divisée par la somme des quantités reçues. C'est la méthode du coût moyen pondéré. Jamais la moyenne arithmétique des prix d'achat, qui donne un résultat faux dès que les quantités achetées diffèrent.
Comment calculer ses gains crypto dans Excel ?
Avec les six colonnes dans l'ordre du tableau, de A à F, la valeur d'une ligne est =B2*E2, son coût total =B2*D2, et le gain latent la différence des deux, =F2-B2*D2. En pourcentage, divise ce gain par le coût total. Pour le portefeuille entier, additionne d'abord les valeurs et les coûts, puis fais le calcul sur les deux totaux : la moyenne des pourcentages ligne par ligne traite une position de 100 € comme une position de 10 000 €. C'est un gain latent de suivi, pas un calcul d'impôt.
Faut-il une ligne par achat ou une ligne par actif ?
Une ligne par actif et par plateforme, dont le prix de revient est mis à jour à chaque nouvel achat. Une ligne par achat gonfle le fichier et rend le poids de chaque actif illisible, ce qui est justement l'information que tu viens chercher.
Est-ce que Tradoshi remplace mon tableur ?
Il reprend le même travail avec moins de maintenance : tu saisis ce que tu détiens, cold storage compris, et les cours, la valeur, le poids de chaque actif et la plus-value latente sont calculés. Le prix de revient reste celui que tu indiques. C'est gratuit sur tous les plans.
Cet article aide-t-il à déclarer mes cryptos ?
Non, et c'est volontaire. La déclaration relève de la fiscalité, dont les règles dépendent du pays où tu es imposé, et elle ne se calcule pas comme un suivi. En France, par exemple, la plus-value se calcule sur le portefeuille entier et non actif par actif, selon la formule de la notice du formulaire nº 2086 des impôts (revenus 2025), et l'échange d'une crypto contre une autre sans soulte n'y est pas un fait générateur d'impôt (BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-30-10, paragraphe 80).
