La méthode Wyckoff : ce que Wyckoff a écrit, et ce qui a suivi
Richard Demille Wyckoff (1873 à 1934) est présenté par la ChartSchool de StockCharts, dans son tutoriel sur la méthode Wyckoff, comme un des pionniers de l'approche technique des marchés d'actions. D'après cette page, il entre à 15 ans comme coursier chez un courtier de New York, prend la tête de sa maison de courtage avant ses trente ans, fonde The Magazine of Wall Street, qu'il écrit et dirige pendant près de vingt ans, puis ouvre dans les années 1930 une école dont le cours rassemble sa méthode.
Ses premiers textes se lisent encore. Studies in Tape Reading, publié en 1910 sous le pseudonyme de Rollo Tape et consultable sur Internet Archive, consacre son chapitre V au volume. Wyckoff y compare le prix du marché à une balance : le volume des titres jetés par les vendeurs et saisis par les acheteurs montre de quel côté le poids vient de basculer (page 75). Il ajoute aussitôt qu'il n'y a là aucune certitude, parce que l'offre et la demande changent à chaque seconde (page 76).
Le même chapitre contient déjà le découpage qui a fait sa postérité. Une opération complète à la hausse, écrit-il, se compose de trois parties : l'accumulation, la hausse des cours (marking up) et la distribution ; pour une opération à la baisse, l'ordre s'inverse (page 92). Il précise que l'accumulation peut prendre des semaines ou des mois. Et il pose deux réserves que ses lecteurs oublient souvent : les volumes doivent s'apprécier en proportion de l'activité du marché et du titre, sans qu'aucune règle fixe puisse être établie (page 78), et ces indications ne sont ni toujours claires ni infaillibles (page 83).
Ce texte de 1910 ne contient en revanche ni les abréviations PS, SC, AR ou ST, ni les phases A à E, ni l'« homme composite ». Ce vocabulaire vient de son cours des années 1930 et de ceux qui l'ont enseigné ensuite. StockCharts cite le cours pour l'homme composite, attribue l'image du « back-up » à Robert Evans, qui a enseigné la méthode des années 1930 aux années 1960, et précise que les schémas de sa propre page ont été dessinés par Roman Bogomazov et revus par Hank Pruden. Les schémas d'accumulation qui circulent aujourd'hui sont donc une formalisation moderne d'une idée de Wyckoff, pas un dessin de sa main. Pages consultées en octobre 2026.
Les trois lois de Wyckoff et l'homme composite
Le tutoriel de StockCharts résume la méthode en trois « lois ». L'offre et la demande déterminent le sens du prix : quand la demande dépasse l'offre, le prix monte, et l'inverse. La formule ne veut pas dire qu'il y a plus d'acheteurs que de vendeurs, puisque chaque transaction associe les deux pour la même quantité. Elle veut dire qu'un côté est plus pressé que l'autre, ce que Wyckoff écrivait déjà en 1910 : à cet instant, l'achat est plus urgent que la vente. La leçon sur le CVD et le flux d'ordres décrit ce mécanisme dans le carnet.
La cause et l'effet : le temps passé dans une plage de négociation serait la cause, le mouvement qui en sort l'effet. StockCharts indique que Wyckoff mesurait cette cause par un compte horizontal sur un graphique en points et figures, et en tirait des objectifs de prix. La même page prévient que ces objectifs ne sont jamais des points exacts de retournement, seulement des endroits où regarder de plus près.
L'effort et le résultat : le volume est l'effort, le déplacement du prix est le résultat. Quand les deux vont ensemble, le mouvement est jugé sain. Quand le volume gonfle et que le prix n'avance presque plus, la méthode y lit une absorption : quelqu'un prend tout ce qui se présente. C'est la loi que la VSA a le plus développée.
L'homme composite est une image, pas un fait. StockCharts le présente comme un procédé heuristique et cite le cours de Wyckoff : toutes les fluctuations devraient être étudiées comme si elles résultaient des opérations d'un seul homme, qui, en théorie, se tient en coulisse. Les mots « comme si » et « en théorie » sont de Wyckoff. Personne n'observe cet opérateur unique : un volume dit combien de titres ont changé de mains, il ne dit ni qui a acheté ni pourquoi. Chaque fois que cette leçon écrit « la méthode y lit », c'est une interprétation, pas un relevé.
Le schéma d'accumulation de Wyckoff, bougie par bougie
Les prix et les volumes du schéma plus haut sont inventés, et les noms sont ceux du tutoriel de StockCharts. La baisse occupe les bougies 1 à 10. À la bougie 8, un premier achat appuyé freine la chute sur un volume de 62 : c'est le support préliminaire (PS). La bougie 11 est le climax de vente (SC) : 13 points d'amplitude, la plus grande du schéma, sur le volume le plus fort, 100, avec une clôture à 54, soit 8 points au-dessus de son creux à 46. StockCharts décrit ce moment comme une vente de panique absorbée près d'un plus bas, souvent avec une clôture nettement au-dessus du creux.
Les bougies 12 à 14 sont le rebond automatique (AR) : la pression vendeuse retombée, le prix remonte jusqu'à 66. Ce sommet et le creux du climax bornent la plage de négociation. La bougie 18 est le test secondaire (ST) : le prix revient vers le creux, s'arrête à 49, et le volume n'est plus que de 38. Moins d'amplitude et moins de volume qu'au climax, c'est ce que la méthode attend d'un test réussi. Ces quatre événements forment la phase A, l'arrêt de la baisse.
Les bougies 19 à 31 sont la phase B, que StockCharts appelle la construction de la cause, et dont la page dit qu'elle peut durer longtemps, parfois un an ou plus. Le prix oscille dans la plage et le volume s'éteint : 36 à la bougie 22, 16 aux bougies 30 et 31. La bougie 22 illustre l'effort sans résultat : le volume le plus fort de la phase, et un prix qui bute à 65 avant de clôturer en baisse.
La bougie 32 est le spring, la phase C : le prix passe sous la plage, jusqu'à 44, puis clôture dedans, à 50, sur un volume de 28. StockCharts le décrit comme un piège à vendeurs, et précise deux choses : un spring sur faible volume est le cas favorable, et le spring n'est pas un élément obligatoire, puisqu'un de ses deux schémas d'accumulation n'en contient pas. La bougie 34 est le test du spring : un creux plus haut, à 49,5, sur le volume le plus faible du schéma, 10.
Les bougies 36 à 38 sont le signe de force (SOS), la phase D : trois bougies amples sur des volumes de 48, 60 et 66, et une clôture à 71, au-dessus de la plage. La bougie 40 est le dernier point de support (LPS) : un repli de 3 points d'amplitude, sur un volume de 16, qui s'arrête à 66,5, sur l'ancien sommet de la plage. La phase E est la hausse qui suit, jusqu'à 89 à la bougie 46.
Le schéma se lit sans peine parce qu'il est terminé. À la bougie 18, rien ne dit si c'est un test réussi ou une pause avant un nouveau plus bas ; StockCharts écrit d'ailleurs qu'un test qui descend sous le climax annonce de nouveaux creux ou une consolidation prolongée. À la bougie 32, le passage sous la plage ressemble à une reprise de la baisse. Les noms se posent après coup, et c'est la principale difficulté de la méthode.
La distribution : le schéma inverse, au sommet
La distribution est le miroir de l'accumulation, après une hausse. Les événements changent de nom dans le tutoriel de StockCharts : offre préliminaire (PSY), climax d'achat (BC), réaction automatique (AR), test secondaire (ST), puis signe de faiblesse (SOW) et dernier point d'offre (LPSY). Le pendant du spring s'appelle upthrust, ou UTAD quand il arrive en fin de plage : le prix passe au-dessus de la résistance puis clôture en dessous.
Comme le spring, l'upthrust n'est pas obligatoire : un des deux schémas de distribution de StockCharts n'en contient pas. La page ajoute qu'une hausse peut aussi se terminer sans climax, par simple épuisement, avec une amplitude et un volume qui diminuent. Et elle distingue la réaccumulation et la redistribution, des plages qui interrompent une tendance sans la retourner. Une plage peut donc être quatre choses différentes, et c'est sa sortie qui tranche.
Ce vocabulaire ne dit pas la même chose que le support et la résistance classiques, ni que les zones de l'article sur les zones de supply et demand : il ne désigne pas un niveau, il raconte une suite d'événements dans une plage. Il reste une lecture de formes, avec la réserve qui vaut pour toutes, développée dans l'article sur les patterns de trading.
La VSA de Tom Williams : volume, amplitude et clôture
La Volume Spread Analysis est présentée dans Master the Markets, le livre de Tom Williams publié par TradeGuider Systems. Son glossaire la définit comme une méthode d'analyse propriétaire, conçue par Tom Williams, qui observe la relation entre le volume, le prix et le spread. Le mot ne désigne pas ici l'écart entre le prix acheteur et le prix vendeur : c'est l'amplitude de la barre, du plus haut au plus bas. Le livre vient d'un manuscrit de 1993 et place deux ouvrages de Wyckoff, dont Studies in Tape Reading, dans sa liste de lectures conseillées. C'est aussi le document d'un éditeur de logiciel, qui vend l'outil fondé sur la méthode.
La lecture tient en trois questions par bougie. Le volume est-il fort, faible ou moyen ? Williams écrit qu'un volume pris isolément ne veut presque rien dire et qu'il se juge en relatif, par exemple contre les trente barres précédentes. L'amplitude est-elle large, étroite ou moyenne ? Le préambule du livre pose que le volume ne porte que la moitié du sens, l'autre moitié étant dans l'amplitude : la question à se poser est ce que le prix a fait sur ce volume. La clôture est-elle en haut, au milieu ou en bas de la barre ?
De ces trois réponses, le livre tire des noms. Un exemple suffit à montrer la forme d'une règle VSA : TradeGuider définit le no demand comme une barre d'amplitude étroite, sur un volume faible, qui clôture au milieu ou en bas. Le livre y voit une hausse que les professionnels ne soutiennent pas. La première moitié de la phrase est un critère vérifiable sur un graphique ; la seconde est une interprétation, puisque le volume ne dit pas qui s'est abstenu. Le livre réserve d'ailleurs ce nom à une barre haussière qui suit des signes de faiblesse : la même barre, ailleurs sur le graphique, ne porte pas le même nom. Une règle VSA se lit donc toujours avec ce qui précède.
Tu croiseras aussi le sigle VPA, pour Volume Price Analysis. C'est le nom qu'emploie Anna Coulling, qui s'en présente comme la créatrice. Sur son site, dans un article sur la Volume Price Analysis, elle en résume le principe : chercher l'accord entre le prix et le volume, ou leur désaccord, qu'elle appelle une anomalie, par exemple un fort volume sur une toute petite bougie. C'est la loi de l'effort et du résultat sous un autre nom.
Wyckoff et le power of three d'ICT : deux schémas, deux échelles
Le vocabulaire ICT a sa propre séquence en trois temps, le power of three, ou PO3 : accumulation, manipulation, distribution. La leçon sur la séquence accumulation, manipulation, distribution la décrit acte par acte. Les mots se ressemblent, les objets non.
L'échelle. La séquence d'ICT découpe une séance : une plage calme, une sortie brève qui déclenche des stops, puis le mouvement dans l'autre sens. Le schéma de Wyckoff décrit une plage qui dure des semaines ou des mois, entre deux tendances.
Le volume. Chez Wyckoff, chaque événement se définit par le prix et par le volume : un climax sans volume n'en est pas un. La séquence d'ICT se lit sur le prix et sur l'heure, sans volume.
Le mot distribution. Chez Wyckoff, la distribution est une plage au sommet, où les titres accumulés plus bas sont revendus. Dans la séquence d'ICT, c'est le troisième acte, le mouvement directionnel lui-même. Le même mot désigne donc une plage chez l'un et une tendance chez l'autre.
Ce qu'ils ont en commun. Le spring de Wyckoff et la manipulation d'ICT décrivent tous deux une sortie de plage qui ne tient pas. Et les deux lectures partagent la même difficulté : l'acte ou l'événement ne reçoit son nom qu'une fois le suivant arrivé. Aucune des deux n'est la version juste de l'autre ; ce sont deux grilles, à deux échelles, à tester séparément.
Ce que valent ces lectures : les études, le volume et le forex
Aucune étude ne mesure un schéma de Wyckoff. Nous n'avons trouvé aucune étude publiée qui compte les accumulations de Wyckoff ou les signaux de la VSA sur un échantillon et en mesure le taux de réussite. Les sources de cette leçon sont des textes de méthode, écrits par ceux qui l'enseignent ou qui en vendent l'outil. Un taux de réussite annoncé pour un spring n'a donc pas de source vérifiable à notre connaissance.
Ce que la recherche dit du volume. Le lien entre volume et prix, lui, est étudié. La revue de Jonathan Karpoff, « The Relation Between Price Changes and Trading Volume: A Survey » (Journal of Financial and Quantitative Analysis, 1987), établit deux relations empiriques d'après son résumé : le volume est lié positivement à l'ampleur de la variation du prix et, sur les marchés d'actions, à la variation elle-même. Blume, Easley et O'Hara, dans « Market Statistics and Technical Analysis: The Role of Volume » (Journal of Finance, 1994), montrent dans un modèle théorique que le volume apporte une information que le prix seul ne contient pas. Ces deux travaux disent que le volume n'est pas du bruit. Ils ne testent ni un schéma d'accumulation ni une règle VSA.
La forme est dans l'œil de celui qui regarde. L'étude de Lo, Mamaysky et Wang (Journal of Finance, 2000) part de ce constat : la présence de formes géométriques sur un graphique de prix est souvent dans l'œil de celui qui regarde. Elle y répond en faisant reconnaître dix figures par un algorithme, sur des actions américaines de 1962 à 1996. Les schémas de Wyckoff n'en font pas partie. La remarque vaut pourtant pour eux plus encore que pour un triangle : une accumulation compte une dizaine d'événements, dont plusieurs facultatifs, et deux lecteurs honnêtes peuvent étiqueter la même plage de deux façons.
Sur le forex au comptant, le volume n'est pas un volume. La méthode a été écrite pour des actions cotées sur une bourse, où le volume est la quantité échangée. Le forex de détail n'a pas de place centrale, comme l'explique le guide de la National Futures Association sur le forex de détail. L'aide de MetaTrader 5 sur l'indicateur Volumes le dit sans détour : pour le marché du forex, c'est le nombre de changements de prix dans chaque période, alors que pour les actions c'est le volume réellement échangé. Le livre de Williams admet le volume de ticks en temps réel quand aucun volume de transactions n'existe. C'est un choix de méthode, pas une équivalence : sur une paire de devises, l'« effort » que tu lis est l'activité des cotations de ton courtier. L'article c'est quoi l'order flow détaille cette différence.
La seule mesure disponible est la tienne. Une lecture de Wyckoff ou de VSA n'est pas un ordre d'achat ou de vente, c'est une hypothèse. Écris ton critère avant de regarder la suite (quel volume, quelle amplitude, quelle clôture), applique-le sur ton marché et ton unité de temps, et compte, avec la méthode de l'article backtester une stratégie sans se mentir. Dans ton journal, une étiquette par lecture, « spring » ou « no demand » par exemple, suffit pour comparer ensuite les trades pris sur ce motif avec les autres.
Questions fréquentes
C'est quoi la méthode Wyckoff ?
C'est une façon de lire un marché par l'offre et la demande, en comparant le prix, le volume et le temps. Elle vient de Richard Wyckoff (1873 à 1934) et se résume aujourd'hui en trois lois et en schémas d'accumulation et de distribution, formalisés par ceux qui l'ont enseignée après lui.
Que veut dire VSA en trading ?
VSA signifie Volume Spread Analysis. La méthode, conçue par Tom Williams, juge chaque bougie sur trois éléments : son volume par rapport aux barres précédentes, son amplitude du plus haut au plus bas, et l'endroit où elle clôture. Le mot spread y désigne l'amplitude de la barre, pas l'écart entre prix acheteur et prix vendeur.
Qu'est-ce qu'un spring dans la méthode Wyckoff ?
C'est un passage du prix sous le bas d'une plage d'accumulation, suivi d'une clôture à l'intérieur de la plage. La ChartSchool de StockCharts le décrit comme un piège à vendeurs et précise qu'il n'est pas obligatoire : un de ses deux schémas d'accumulation n'en contient pas.
La méthode Wyckoff fonctionne-t-elle sur le forex ?
Elle s'y applique avec une réserve de taille : le forex au comptant n'a pas de volume centralisé. Le volume affiché par MetaTrader 5 sur une paire de devises est un nombre de changements de prix, pas une quantité échangée. Toute lecture de l'effort y repose sur l'activité des cotations d'un courtier.
Existe-t-il des statistiques sur les schémas de Wyckoff ?
Nous n'avons trouvé aucune étude publiée qui mesure le taux de réussite d'un schéma de Wyckoff ou d'un signal VSA. La recherche établit un lien entre volume et variation du prix, sans tester ces schémas. La seule mesure disponible est celle que tu fais sur tes propres trades.
Ce qu'il faut retenir
- La méthode Wyckoff lit l'offre et la demande par le prix, le volume et le temps ; la VSA juge chaque bougie sur son volume, son amplitude et sa clôture.
- Wyckoff a écrit lui-même, en 1910, le découpage accumulation, hausse, distribution, et que les indications du volume ne sont pas infaillibles. Les abréviations et les schémas viennent de son cours et de ses successeurs.
- L'homme composite est une image pédagogique : un volume ne dit ni qui achète ni pourquoi.
- Le spring et l'upthrust ne sont pas obligatoires, et chaque événement ne reçoit son nom qu'après coup.
- Aucune étude publiée connue ne mesure ces schémas, et sur le forex au comptant le volume affiché est un nombre de changements de prix.
Pour aller plus loin
Ces articles du blog creusent les notions de cette leçon, un sujet par article.