Le flux d'ordres ne se lit pas sur un graphique en chandeliers. Il se lit avec quatre outils qui montrent chacun une chose différente : le carnet d'ordres en profondeur, le footprint, la carte de chaleur et le profil de volume. Savoir ce que chacun montre, et ce qu'il ne montre pas, évite d'en acheter un pour la mauvaise raison.
- Le DOM montre les ordres en attente, c'est-à-dire l'intention affichée, qui peut être retirée à tout moment.
- Le footprint montre les transactions exécutées, à l'intérieur de chaque bougie, acheteur contre vendeur.
- La carte de chaleur montre l'évolution du carnet dans le temps, donc ce qui apparaît et disparaît.
- Le profil de volume montre où les volumes se sont accumulés par niveau de prix, pas par unité de temps.
Un chandelier résume quatre chiffres pour une période : ouverture, haut, bas, clôture (introduction de TradingView aux graphiques en chandeliers). Tout ce qui s'est passé à l'intérieur, qui a acheté, à quel prix, contre qui, a disparu dans le résumé. Les outils de flux d'ordres existent pour récupérer cette information perdue, et ils y parviennent de quatre manières différentes.
Cet article décrit ce que chacun affiche, ce qu'il coûte en attention, et pour quel style de trading il a du sens. Il ne prétend pas qu'un de ces outils rende rentable : ce sont des instruments de lecture, pas des signaux.
Le DOM, ou depth of market : qu'est-ce que c'est ?
Le DOM, abréviation de depth of market, est l'affichage vertical du carnet d'ordres : aux niveaux de prix les plus proches du marché, au-dessus et en dessous, le nombre de contrats ou de titres en attente (documentation de Sierra Chart sur le Chart DOM). C'est une photographie de l'intention affichée à un instant donné, sur un instrument donné.
Ce que le DOM ne dit pas est aussi important que ce qu'il dit. Un ordre affiché n'est pas un ordre exécuté, et la plupart ne le deviennent jamais : sur les actions américaines, l'analyse de la SEC sur la vitesse des marchés d'actions relève que quelques pour cent au plus des ordres affichés aboutissent à une transaction, et que 38,7 % des ordres annulés au deuxième trimestre 2013 avaient vécu une demi-seconde ou moins. C'est la limite structurelle du trading sur DOM, et la raison pour laquelle un mur d'ordres impressionnant peut disparaître au moment exact où le prix l'atteint. Afficher un ordre avec l'intention de l'annuler avant son exécution s'appelle du spoofing, et la loi américaine sur les marchés à terme l'interdit.
Le DOM a du sens sur les contrats à terme, où tous les ordres d'un contrat se rencontrent dans le carnet de la bourse. Centralisé ne veut pas dire entièrement visible : le carnet des contrats à terme de CME Group est diffusé sur dix niveaux de prix (page Market Depth de CME Group), il faut son flux ordre par ordre pour voir tous les niveaux (page Market by Order de CME Group), et un ordre peut n'exposer qu'une partie de sa taille, le reste étant enregistré sans être affiché (page de CME Group sur les qualificatifs d'ordre).
Sur le forex au détail, rien de tel : il n'existe pas de place centrale où se rencontrent acheteurs et vendeurs, et c'est le courtier qui fixe le prix d'exécution (guide de la National Futures Association sur le forex de détail). Le DOM de MetaTrader 5 peut alors être formé à partir des seules cotations du courtier, voire de simples niveaux de prix calculés quand celui-ci ne transmet pas de volumes (aide de MetaTrader 5 sur le Depth of Market). Ce que tu vois est la vue de ton courtier, pas le marché : une distinction à connaître avant de bâtir une méthode dessus.
Le footprint chart : ce qui s'est vraiment échangé
Là où le DOM montre l'attente, le footprint chart montre l'exécution. Chaque bougie est remplacée par des colonnes de chiffres : à chaque niveau de prix, combien a été vendu au prix acheteur, à gauche, et combien a été acheté au prix vendeur, à droite (documentation de Sierra Chart sur les Numbers Bars, le nom du footprint dans ce logiciel). C'est la trace de ce qui s'est passé, sans intention supposée, à une réserve près : le côté d'une transaction n'est certain que si la bourse ou le flux de données l'indique, sinon le logiciel le déduit du prix.
Son intérêt principal est le déséquilibre : quand un niveau affiche beaucoup plus d'agressivité d'un côté que de l'autre, il signale un endroit où une population a payé pour entrer. La recherche établit un lien entre déséquilibre et prix, mais pas n'importe lequel : sur 50 actions américaines, Cont, Kukanov et Stoikov mesurent que les variations de prix à court terme suivent le déséquilibre du flux d'ordres aux meilleurs prix acheteur et vendeur, annulations comprises, et que le lien avec le seul volume échangé est plus bruité. Leur mesure décrit le mouvement du moment, pas un retour ultérieur du prix sur le niveau. Qu'un déséquilibre laisse une empreinte que le prix revient chercher reste une hypothèse de trader : un repère à tester sur tes propres trades, pas un résultat établi.
Comment lire un footprint, en pratique : prendre un niveau à la fois plutôt que balayer la bougie entière. Comparer en diagonale, le volume vendu au prix acheteur à un niveau contre le volume acheté au prix vendeur un cran au-dessus, parce que les deux prix ne sont jamais au même niveau au même instant : c'est la méthode que donne la documentation de Sierra Chart. Noter quel côté était à l'initiative, et seulement ensuite élargir. L'outil devient vite illisible quand on essaie de lire tous les niveaux d'un coup.
Le coût du footprint est l'attention. C'est l'outil le plus dense de tous, et il demande de savoir précisément ce qu'on cherche, faute de quoi on regarde un mur de chiffres sans conclusion. Il se justifie sur des unités de temps courtes et sur peu d'instruments à la fois.
La carte de chaleur : le carnet dans le temps
Une carte de chaleur, ou heatmap, prend le carnet d'ordres et l'étale dans le temps : l'axe horizontal est le temps, l'axe vertical le prix, et la couleur l'épaisseur des ordres en attente. Dans Bookmap, elle représente la liquidité présente et passée du carnet, du bleu pour les zones minces au rouge pour les zones épaisses (base de connaissances de Bookmap sur la carte de chaleur). On y voit apparaître et disparaître des zones denses, ce qu'un DOM statique ne permet pas de suivre.
C'est l'outil qui rend visible le retrait d'ordres : une zone épaisse qui s'efface juste avant que le prix l'atteigne raconte quelque chose qu'aucune bougie ne raconte. Comme le DOM dont elle dérive, elle ne vaut que par le carnet qu'elle reçoit : celui d'une bourse, pas les cotations d'un courtier.
Le profil de volume : où le marché a le plus échangé
Le profil de volume renverse la question. Au lieu de demander combien s'est échangé à chaque instant, il demande combien s'est échangé à chaque prix, sur une période donnée (documentation de Sierra Chart sur l'étude Volume by Price). Le résultat est un histogramme horizontal dont les bosses signalent les niveaux où le marché a le plus traité.
Ces niveaux servent de repères, et le raisonnement tient en une phrase : un prix où beaucoup de monde est entré serait un prix où beaucoup de monde réagira au retour. C'est tout ce que recouvre l'avantage statistique qu'on prête au profil de volume, et nous n'avons pas de mesure solide à citer pour le chiffrer. Prends-le pour ce qu'il donne : des zones d'intérêt, pas des signaux.
Une stratégie de profil de volume se ramène en général à deux idées, celles que décrit la documentation de TradingView sur les profils de volume : sur une zone épaisse, s'attendre à ce que le prix ralentisse et évolue latéralement ; sur une zone mince, formée quand le prix a traversé vite un niveau, s'attendre à ce qu'il ne s'y attarde pas. C'est la lecture d'un éditeur, pas une mesure. Tout ce qui va au-delà tend à plaquer des formes après coup, ce qui est le même piège que lire une carte de chaleur en y cherchant des motifs évidents seulement une fois imprimés.
Contrairement aux trois autres, le profil de volume n'a besoin ni du carnet ni du détail de chaque transaction : sur TradingView, il se calcule à partir des barres d'une unité de temps inférieure, d'après la même documentation. Accessible ne veut pas dire gratuit. Les indicateurs de profil de volume figurent dans les abonnements payants de TradingView, pas dans son offre gratuite (grille des abonnements de TradingView), et chez Sierra Chart l'étude Volume by Price fait partie de l'offre de base quand le footprint et la carte de chaleur exigent l'offre avancée (description des offres de Sierra Chart). Cela reste le plus accessible du lot, et souvent le meilleur point de départ.
Une réserve sur le forex : le volume qu'on y lit n'est pas une quantité échangée. MetaTrader 5 y compte le nombre de changements de prix de chaque période (aide de MetaTrader 5 sur l'indicateur Volumes), et TradingView bâtit ses profils du forex, des indices et des CFD sur cryptomonnaies sur un volume de ticks, c'est-à-dire un nombre de mises à jour du prix. Le profil y décrit l'activité des cotations, pas des contrats échangés.
Lequel choisir, selon ce que tu fais
| Outil | Ce qu'il montre | Où il a du sens | Coût d'attention |
|---|---|---|---|
| DOM | Les ordres en attente, maintenant | Contrats à terme, scalping | Élevé, en continu |
| Footprint | Les transactions exécutées | Unités de temps courtes | Très élevé |
| Carte de chaleur | Le carnet dans le temps | Contrats à terme, intraday | Élevé |
| Profil de volume | Les volumes par niveau de prix | Toutes unités de temps | Faible |
Une règle simple pour trancher : si tu ne tiens pas des positions à la minute, le DOM et le footprint t'apporteront peu et te coûteront beaucoup en attention. Le profil de volume, lui, se lit une fois par séance et reste utile en swing trading. Commencer par lui et n'ajouter les autres que si le besoin apparaît évite de payer des données pour rien : sur les contrats à terme, les données en temps réel se règlent chaque mois, plus cher avec la profondeur de marché qu'avec le seul meilleur prix (tarifs des bourses sur la page du flux Denali de Sierra Chart). Les cryptomonnaies font exception : Bookmap les sert en temps réel dans son offre gratuite, alors que les actions et les contrats à terme américains n'y sont qu'en différé (comparatif des offres de Bookmap).
Ce que Tradoshi fait, et ce qu'il ne fait pas
Soyons clairs : Tradoshi ne fournit ni DOM, ni footprint, ni carte de chaleur. Ce sont des outils de plateforme d'exécution, branchés sur un flux de données temps réel, et ce n'est pas le métier d'un journal de trading.
Ce que nous faisons, c'est ce qui vient après : journaliser les trades que ces méthodes produisent, puis les analyser comme les autres, par horaire, par instrument, par taille, avec leurs excursions maximales. Une méthode de flux d'ordres enchaîne vite des décisions courtes : raison de plus pour les mesurer plutôt que de s'en remettre au souvenir de la séance.
Pour la partie enseignement, l'Oshi Academy couvre le sujet dans un parcours structuré, de comprendre le flux d'ordres jusqu'à la structure de marché. Et si tu cherches d'abord la définition, elle est dans notre article c'est quoi l'order flow.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le DOM en trading ?
Le DOM, ou depth of market, est l'affichage des ordres en attente aux niveaux de prix les plus proches du marché. Il montre l'intention affichée à un instant donné, côté acheteur et côté vendeur. Un ordre visible n'est pas un ordre exécuté : il peut être annulé à tout moment, ce qui est la limite principale de cet outil.
Quelle différence entre le DOM et le footprint chart ?
Le DOM montre ce qui est en attente, le footprint montre ce qui a été exécuté. Le premier décrit une intention révocable, le second une trace définitive. Les deux se complètent : on regarde le DOM pour anticiper, le footprint pour vérifier ce qui s'est réellement passé.
Le profil de volume donne-t-il un avantage statistique ?
Il donne des zones d'intérêt, pas des signaux. L'idée est que les niveaux où beaucoup de volume s'est échangé verront des réactions au retour du prix, mais nous n'avons pas de mesure solide à citer pour le chiffrer. C'est un repère de contexte, à combiner avec une méthode d'entrée, et non une règle de trading à lui seul.
Ces outils fonctionnent-ils sur le forex ?
Le profil de volume oui, avec une réserve de taille : sur le forex, le volume affiché par MetaTrader 5 ou TradingView est un nombre de changements de prix, pas une quantité échangée. Le DOM et la carte de chaleur beaucoup moins : le forex au détail n'a pas de place centrale, ce que tu vois est la vue de ton seul courtier.
Par lequel commencer quand on débute en order flow ?
Par le profil de volume, pour trois raisons : il se calcule sur un simple historique de barres, sans carnet ni flux de transactions, il se lit une fois par séance au lieu d'exiger une attention continue, et il reste utile sur les unités de temps longues. Le DOM et le footprint viennent après, si la méthode l'exige.
Faut-il un abonnement payant pour lire le flux d'ordres ?
Sur les contrats à terme et les actions, oui pour le DOM, le footprint et la carte de chaleur : ils reposent sur des données de marché en temps réel que les bourses facturent, en plus de la plateforme. Les cryptomonnaies font exception, Bookmap les sert en temps réel dans son offre gratuite. Le profil de volume demande moins de données, mais il n'est pas toujours gratuit : chez TradingView, il fait partie des abonnements payants.
