Les trois triangles
Un triangle est une contraction d'amplitude : les sommets et les creux se rapprochent, les deux droites qui les relient convergent. Le marché hésite de moins en moins fort, jusqu'à trancher.
Le triangle symétrique a les deux droites qui convergent l'une vers l'autre : des sommets de plus en plus bas et des creux de plus en plus hauts. Il ne donne aucune direction par construction, et c'est le plus courant des trois.
Le triangle ascendant a un sommet plat et des creux qui montent. Le prix bute plusieurs fois sur le même niveau pendant que le plancher se relève. Lecture haussière par défaut.
Le triangle descendant est son miroir : un plancher plat et des sommets qui descendent. Lecture baissière par défaut.
Trois points de méthode, souvent négligés. Il faut au moins deux contacts sur chaque droite, sinon on trace ce qu'on veut voir. La figure doit contenir de l'espace vide, sinon c'est un range et non un triangle. Et plus le prix approche de la pointe, moins la cassure est franche : les meilleures sorties se font aux deux tiers de la figure environ, pas au bout.
Les chiffres du triangle symétrique, et ils sont mauvais
Relevé de Thomas Bulkowski sur plus de 3 000 cas parfaits, cité tel quel.
Rang de performance : 36 sur 39 à la cassure haussière, 34 sur 36 à la cassure baissière. Dans les deux sens, la figure est dans les dernières places.
Taux d'échec : 25 % à la hausse, 37 % à la baisse. Une cassure baissière sur trois ne va nulle part.
Mouvement moyen : 34 % à la hausse, 12 % à la baisse. Objectif atteint : 58 % à la hausse, 36 % à la baisse. Autrement dit, deux cassures baissières sur trois n'atteignent jamais l'objectif que la figure elle-même désigne.
Retour sur la figure après cassure : 62 % à la hausse, 65 % à la baisse. C'est le chiffre le plus utile de la liste pour ton exécution : dans presque deux cas sur trois, le prix revient toucher la ligne qu'il vient de casser avant de repartir. Entrer à la cassure, c'est donc accepter d'être secoué deux fois sur trois.
Répartition des cassures : 60 % vers le haut, 40 % vers le bas. La figure n'est donc pas neutre, contrairement à ce que sa symétrie suggère, mais l'écart est trop faible pour fonder un trade.
L'auteur du relevé résume lui-même la figure en une phrase : elle apparaît souvent sur les graphiques, et sa performance est mauvaise. Source : thepatternsite.com, consulté en septembre 2026.
Pourquoi une figure aussi populaire déçoit
Trois raisons, et elles valent pour d'autres figures de ce catalogue.
Elle est trop facile à voir, donc trop facile à voir partout. Deux points hauts qui descendent et deux points bas qui montent se trouvent sur presque n'importe quel graphique si on cherche un peu. Une figure qu'on peut toujours trouver ne sélectionne rien.
Son tracé est subjectif. Deux traders qui regardent le même graphique ne poseront pas les mêmes droites, donc ne prendront pas la même cassure au même prix. Une figure dont la définition dépend de qui la dessine ne peut pas produire de statistique stable, ce qui est exactement le reproche fait au marteau dans la leçon sur les bougies.
Elle est connue de tout le monde, donc les niveaux de cassure sont exactement là où les stops des autres se trouvent. C'est le mécanisme qui produit les 62 à 65 % de retours après cassure : le marché va chercher ce qui est posé, puis repart.
Ce qu'il reste d'utilisable
La figure garde une vraie valeur, mais pas celle qu'on lui prête. Elle ne dit pas où le prix va, elle dit que la volatilité se comprime, et une compression finit toujours par se relâcher. C'est une information de timing, pas de direction.
Deux usages défendables. Un : attendre la cassure, puis attendre le retour sur la ligne, qui arrive dans près de deux cas sur trois. Entrer sur ce retour coûte moins cher en stop et élimine une partie des fausses sorties.
Deux : utiliser le triangle comme filtre d'abstention à l'intérieur de la figure. Tant que le prix est dedans, il n'y a rien à faire, et c'est souvent là qu'on perd de l'argent en multipliant les allers-retours.
Quant aux variantes, l'ascendant et le descendant portent au moins une direction dans leur forme, ce que le symétrique ne fait pas. À figure égale, ils sont préférables.
Ce qu'il donne dans ton journal
Deux mesures suffisent, et elles répondent chacune à une question posée par les chiffres ci-dessus.
Première mesure : le retour après cassure te concerne-t-il ? Étiquette tes entrées prises à la cassure d'un triangle et regarde leur excursion adverse maximale. Si elle ramène presque toujours le prix jusqu'à la ligne cassée, entre sur le retour plutôt qu'à la cassure. Tu paieras un meilleur prix pour le même trade.
Seconde mesure : ton tracé est-il reproductible ? Note la date à laquelle tu as dessiné le triangle, pas seulement celle du trade. Si tes triangles n'apparaissent dans ton journal qu'après la cassure, tu ne les trades pas, tu les reconnais après coup, et aucune statistique ne s'appliquera jamais à ta pratique.
Tradoshi calcule l'excursion adverse sur chaque trade importé et permet de filtrer par étiquette, donc la première mesure se lit directement.
Questions fréquentes
Quel triangle est le plus fiable ? Les relevés placent le symétrique dans les dernières places. L'ascendant et le descendant portent au moins une direction dans leur forme, ce qui en fait de meilleurs candidats.
Faut-il attendre la cassure ? Oui, et il faut aussi savoir que le prix revient sur la ligne dans 62 à 65 % des cas. Entrer sur ce retour est souvent le meilleur compromis.
Combien de contacts faut-il pour tracer ? Au moins deux par droite. En dessous, tu traces une intention et pas une figure.
Le volume doit-il baisser dans le triangle ? C'est l'observation classique et elle est cohérente avec l'idée de compression. Elle n'est pas chiffrée dans le relevé cité ici, donc traite-la comme une hypothèse.
Que faire si le prix sort par la pointe ? Ne rien faire. Plus la cassure est tardive, moins elle porte, et la figure a perdu l'énergie qu'elle avait accumulée.
Ce qu'il faut retenir
- Trois variantes : symétrique sans direction, ascendant haussier, descendant baissier. Deux contacts minimum par droite, sinon tu traces ce que tu veux voir.
- Le symétrique sort 36e sur 39 à la hausse et 34e sur 36 à la baisse, avec 25 % et 37 % d'échec. L'auteur du relevé écrit lui-même que sa performance est mauvaise.
- Le prix revient toucher la ligne cassée dans 62 à 65 % des cas. C'est le chiffre qui doit décider de ton point d'entrée.
- Ce qu'elle dit vraiment n'est pas une direction, c'est une compression de volatilité. C'est une information de timing.
- Si tes triangles n'apparaissent dans ton journal qu'après la cassure, tu les reconnais au lieu de les trader, et aucune statistique ne te concerne.
Pour aller plus loin
Ces articles du blog creusent les notions de cette leçon, un sujet par article.