Ce qu'est un marteau, au seuil près
Un marteau est une bougie unique, qui apparaît après une baisse, et dont la forme dit une seule chose : les vendeurs ont poussé le prix loin vers le bas pendant la période, et ils n'ont rien gardé de ce terrain à la clôture.
Trois conditions, et c'est tout. Un : la mèche basse mesure au moins deux fois la hauteur du corps. Deux : la mèche haute est absente ou négligeable. Trois : la bougie arrive dans une tendance baissière, pas n'importe où.
Le chiffre du premier point est le seul qui fasse débat, et c'est exactement pour ça qu'il faut en choisir un et s'y tenir. Les sources sérieuses exigent une mèche de deux à trois fois le corps. Retiens deux, note-le, et applique-le à chaque relevé. Une figure dont le seuil change d'une fois sur l'autre ne peut entrer dans aucune statistique, et tu ne sauras jamais si elle marche chez toi.
La couleur du corps n'entre pas dans la définition. Un marteau à corps haussier est légèrement mieux considéré, et on verra plus bas que la mesure lui donne raison, mais un marteau à corps baissier reste un marteau.
Ce que la bougie raconte, et ce qu'elle tait
La mécanique est simple et vaut mieux que le nom de la figure. Pendant la période, la vente l'emporte : le prix descend, parfois violemment. Puis quelque chose absorbe cette vente et la renvoie. À la clôture, le prix est revenu près de son point de départ. La mèche basse est la trace de ce qui a été tenté et refusé.
C'est un refus de niveau, et c'est la seule information que la bougie contient. Elle ne dit pas qui a acheté, ni combien, ni pourquoi. Elle ne dit pas non plus dans quel ordre les choses se sont passées à l'intérieur de la période : un marteau peut avoir plongé au début puis remonté lentement, ou être resté haut puis avoir plongé et rebondi dans les dernières secondes. Ces deux histoires produisent la même bougie et n'ont pas la même valeur.
D'où la règle que tout le reste de cette leçon applique : le contexte porte le signal, la figure ne fait que le dater. Un marteau posé sur un niveau que le marché a déjà défendu est un événement. Le même marteau au milieu de nulle part est un accident de cotation.
Comment l'identifier, en quatre contrôles
Un. La tendance avant. Regarde les cinq à dix bougies précédentes. Si elles ne descendent pas, ce n'est pas un marteau, c'est une bougie à longue mèche basse. Le nom change parce que la position change.
Deux. Le rapport mèche sur corps. Mesure, ne juge pas à l'œil. Mèche basse divisée par hauteur du corps, au moins deux. La plupart des plateformes affichent les quatre prix au survol : la soustraction prend trois secondes et elle élimine la moitié des faux positifs.
Trois. La mèche haute. Elle doit être quasi nulle. Dès qu'elle atteint la hauteur du corps, tu n'as plus un refus net, tu as une bougie d'indécision, et son message n'est pas le même.
Quatre. La clôture. Une bougie en cours n'est pas une figure. Tant que la période n'est pas fermée, le corps bouge et les extrêmes ne peuvent que s'écarter. Beaucoup de marteaux disparaissent dans leurs deux dernières minutes.
Ce qu'il vaut vraiment, chiffres à l'appui
Voici la partie que presque personne ne publie, parce qu'elle est décevante. Les relevés les plus complets disponibles publiquement sur les figures en chandelier sont ceux de Thomas Bulkowski, qui a classé plus de cent types de bougies sur des milliers de cas. Ses résultats pour le marteau, cités tels quels.
Performance théorique : retournement haussier. Performance mesurée : il agit comme retournement haussier 60 % du temps. Autrement dit, quatre fois sur dix la baisse continue.
Rang de performance global : 65 sur 103 types de bougies classés. Le marteau n'est donc pas dans le premier tiers, il est dans la moitié basse. La figure la plus connue du catalogue est une figure moyenne.
Et un chiffre qui mérite qu'on s'arrête : son meilleur mouvement moyen sur dix jours est relevé à -4,12 %, en marché baissier avec sortie par le bas. Sa meilleure performance à dix jours est donc obtenue quand le prix continue de descendre, ce qui est l'inverse exact de ce que la figure est censée annoncer. Ce n'est pas une contradiction, c'est ce qui arrive quand on mesure au lieu d'affirmer : un marteau qui échoue échoue franchement.
Trois observations tirées des mêmes travaux, utiles au tri. Les marteaux proches du plus bas de l'année sont ceux qui performent le mieux. Ceux proches du plus haut de l'année agissent souvent comme retournement, mais à la baisse. Et les marteaux à corps clair, c'est-à-dire haussier, donnent les meilleurs résultats.
Source : les pages de recherche de Thomas Bulkowski sur thepatternsite.com, consultées en septembre 2026. Ces chiffres portent sur des actions américaines en données journalières. Rien ne garantit qu'ils se transportent sur du forex en cinq minutes, et c'est précisément le sujet de la dernière section.
Les trois figures qu'on prend pour lui
Le pendu. Exactement la même bougie, mais après une hausse et non après une baisse. La forme est identique, la lecture s'inverse : ce n'est plus un refus du bas, c'est un avertissement en haut. Si tu ne regardes que la bougie, tu ne peux pas les distinguer. C'est la meilleure démonstration que la position compte plus que le dessin.
Le marteau inversé. Corps en bas, longue mèche haute, après une baisse. Il se lit aussi comme un signal de retournement haussier, mais il raconte l'histoire opposée : les acheteurs ont poussé et ont été repoussés. Il demande une confirmation plus nette.
L'étoile filante. Même dessin que le marteau inversé, mais après une hausse. Signal baissier.
Le quatrième cas, souvent oublié : le doji libellule. Longue mèche basse, mais un corps quasi inexistant, ouverture et clôture confondues. Beaucoup de définitions du marteau l'excluent parce que le rapport mèche sur corps devient infini. Décide une fois pour toutes si tu le comptes, et note ta décision.
Comment le trader, si tu le trades
L'entrée la plus défendable n'est pas sur le marteau, elle est après. On attend que la bougie suivante dépasse le plus haut du marteau. Ça coûte quelques points d'entrée et ça élimine une partie des quatre échecs sur dix.
Le stop se pose sous la pointe de la mèche, pas sous le corps. C'est le niveau que le marché a testé et refusé : s'il y retourne, la lecture est démentie et il n'y a plus de raison de rester. Attention à la conséquence mécanique : plus la mèche est longue, plus le stop est loin, donc plus la position doit être petite à risque constant. Un marteau spectaculaire est un marteau cher.
L'objectif ne se déduit pas de la figure. Le marteau ne porte aucune cible de prix, contrairement aux figures de continuation qui en ont une par construction. On vise le premier niveau que le marché a réellement défendu au-dessus, pas un multiple arbitraire.
Et le filtre qui fait le plus de différence, cité plus haut : un marteau dans une zone déjà défendue, en bas d'un mouvement, vaut plusieurs fois un marteau isolé. Si tu ne devais retenir qu'un critère de tri, ce serait celui-là.
Ce qu'il donne dans ton journal, et c'est le seul chiffre qui compte
Les 60 % cités plus haut viennent d'actions américaines en journalier. Toi, tu trades peut-être de l'or en cinq minutes, ou un indice à l'ouverture américaine. Rien ne dit que le chiffre te suive, et personne ne peut te le dire à ta place.
La bonne nouvelle, c'est que c'est mesurable en une soirée. Marque tes entrées prises sur marteau avec une étiquette dédiée, puis compare-les au reste de ton journal sur trois indicateurs, et trois seulement.
Le taux de réussite, évidemment, mais il ne suffit pas et il trompe souvent : un taux élevé sur des gains minuscules ne paie rien. L'excursion adverse maximale, c'est-à-dire jusqu'où le prix est allé contre toi avant de revenir : elle te dit si ton stop sous la mèche est au bon endroit ou si tu te fais sortir juste avant que la lecture se vérifie. Et l'excursion favorable maximale, jusqu'où le prix est allé en ta faveur : elle te dit si tu sors trop tôt de tes marteaux gagnants.
Trente entrées étiquetées suffisent à voir une tendance, cent à en être sûr. C'est long, et c'est la seule façon de savoir. Tradoshi pose ces trois mesures automatiquement sur chaque trade importé, et permet de filtrer le journal sur une étiquette : le relevé se lit alors en quelques secondes au lieu d'une soirée de tableur.
Le résultat de cet exercice est souvent le même, et il est utile : la figure ne porte presque rien toute seule, et beaucoup une fois croisée avec l'endroit où elle apparaît. C'est aussi ce que disent les chiffres de la section précédente.
Questions fréquentes
Un marteau est-il haussier ou baissier ? Haussier par définition, mais mesuré à 60 % seulement, et son meilleur mouvement à dix jours est relevé à la baisse. Traite-le comme une indication, jamais comme un signal.
La couleur du corps change-t-elle quelque chose ? Elle ne change pas la définition, mais les relevés donnent l'avantage aux corps haussiers. Si tu dois trier, trie par là.
Quelle unité de temps ? Plus la période est longue, plus la bougie agrège de participants et moins elle est bruitée. Un marteau journalier a plus de poids qu'un marteau en une minute, qui n'est souvent qu'un passage d'ordre. Et souviens-toi qu'un marteau journalier est une séance entière vue en cinq minutes.
Faut-il attendre une confirmation ? Oui, si tu tiens à un taux de réussite. Non, si tu acceptes un taux plus faible contre un meilleur prix d'entrée. Les deux se défendent, à condition de mesurer celui que tu as choisi.
Marteau et doji libellule, c'est pareil ? Non, et la différence est le corps. Le doji libellule n'en a pratiquement pas. Beaucoup de définitions l'excluent du marteau. Choisis ta convention et garde-la.
Ce qu'il faut retenir
- Trois conditions et un seuil : mèche basse d'au moins deux corps, mèche haute négligeable, et une baisse avant. Fige le seuil, sinon rien n'est mesurable.
- Relevé à 60 % de retournements haussiers et classé 65e sur 103 types de bougies : la figure la plus connue du catalogue est une figure moyenne.
- Même dessin que le pendu, à ceci près qu'il arrive après une baisse et non après une hausse. La position décide, pas la forme.
- Le stop va sous la pointe de la mèche, donc une mèche longue impose une position plus petite. Un marteau spectaculaire coûte cher.
- Le seul chiffre qui te concerne est celui de ton journal : étiquette trente entrées, et lis le taux de réussite avec les excursions adverse et favorable.
Pour aller plus loin
Ces articles du blog creusent les notions de cette leçon, un sujet par article.