La réserve : buy side et sell side liquidity
Au-dessus de tout plus haut visible s'accumulent des ordres d'achat : les stops des vendeurs à découvert, et les ordres d'entrée de ceux qui guettent la cassure. Cette réserve s'appelle la buy side liquidity, la liquidité côté achat. Sous tout plus bas visible, son miroir : les stops des acheteurs et les ventes de cassure, la sell side liquidity.
Plus un niveau est évident, plus la réserve est grosse. Des equal highs, deux sommets à peu près au même prix, forment une ligne que tout le monde voit, donc un dépôt que tout le monde alimente. Même chose pour les equal lows, et pour une ligne de tendance touchée trois fois : la trendline liquidity est la même idée posée en diagonale.
Le vocabulaire pousse l'idée un cran plus loin avec l'engineered liquidity : des niveaux si propres qu'ils semblent construits pour faire poser des stops. On n'a pas besoin de prêter cette intention à qui que ce soit pour se servir du concept : il suffit de constater que les stops se posent aux endroits évidents, parce que c'est là que les manuels disent de les poser.
⚠️ Rien de tout ça ne se voit dans un carnet d'ordres. Les stops ne sont pas affichés, la réserve est une inférence, pas une mesure. Ce qui se mesure est ce que le prix fait quand il traverse le niveau, et c'est tout l'objet de la suite.
Sweep, grab, raid, stop hunt : quatre mots, un événement
Le passage qui déclenche la réserve porte plusieurs noms, et les définitions varient d'un formateur à l'autre, ce qu'il vaut mieux savoir avant de comparer deux vidéos. Liquidity sweep et liquidity grab sont le plus souvent synonymes : le prix dépasse l'extrême, prend les stops, puis réintègre. Liquidity raid et stop hunt disent la même chose avec plus de théâtre.
Quand une distinction est faite, elle est généralement celle-ci : le grab désigne la prise elle-même, souvent une mèche rapide qui réintègre aussitôt, quand le sweep peut désigner un dépassement plus large, y compris en clôture, dont on ne sait pas encore s'il réintégrera. La frontière est floue, et aucune autorité ne la fixe.
Le même dessin porte encore d'autres noms hors du vocabulaire ICT : swing failure pattern, abrégé SFP, chez les lecteurs de volume, ou smart money reversal ailleurs. Quatre écoles, un seul événement observable : un extrême dépassé, des stops servis, et un prix qui ne tient pas au-delà.
La sortie du piège des noms est toujours la même dans ce cursus : choisis une définition, écris-la, et applique-la telle quelle chaque jour. Celle qu'on retiendra ici : dépassement de l'extrême, puis clôture qui réintègre dans les trois bougies.
Ce qui valide un balayage : le displacement
Un dépassement seul ne prouve rien : la moitié des mèches d'une séance dépassent un extrême quelconque. Ce qui transforme le balayage en information est le mouvement qui suit dans l'autre sens, et il a sa leçon : le displacement, l'impulsion qui casse la structure et laisse un fair value gap.
La phrase complète se lit donc dans l'ordre : une réserve identifiée d'avance, un passage qui la prend, une impulsion qui s'en sert. Retire n'importe lequel des trois et il ne reste rien à trader : une réserve jamais prise n'est qu'une ligne, un passage sans impulsion n'est qu'une mèche, une impulsion sans réserve prise n'a pas de carburant identifiable.
C'est aussi le deuxième acte de la séquence accumulation, manipulation, distribution : ce que cette séquence appelle la manipulation est précisément un balayage, et ce qu'elle appelle la distribution est le displacement qui le suit.
Interne, externe : quelle liquidité le prix vise
Le vocabulaire range aussi la liquidité selon l'endroit où elle se trouve par rapport à la fourchette en cours, le dealing range, la fourchette entre le dernier balayage haut et le dernier balayage bas. Les extrêmes de cette fourchette portent l'external range liquidity : les stops au-delà du plus haut et du plus bas. À l'intérieur, les fair value gaps et les order blocks laissés par les mouvements forment l'internal range liquidity.
La lecture qui en découle s'appelle le draw on liquidity : l'idée que le prix se déplace d'une réserve vers la suivante, de l'externe vers l'interne puis de l'interne vers l'externe, comme un pendule. C'est une grille de lecture séduisante, et il faut la traiter comme le reste du corpus : une hypothèse à compter sur ton marché, pas une loi.
⚠️ Le piège du draw on liquidity est le même que celui de la séquence en trois actes : après coup, le prix est toujours allé « chercher » une liquidité quelconque, puisqu'il y a des extrêmes et des gaps partout. La version testable s'écrit avant : quelle réserve, à quel prix, et ce qui invaliderait la lecture.
Le liquidity void
Reste un dernier mot de la même famille, souvent confondu avec le fair value gap : le liquidity void. Le void désigne la traversée entière faite de bougies à sens unique, la zone complète parcourue sans échange équilibré. Le fair value gap est la fenêtre précise à trois bougies découpée dedans.
La confusion est sans gravité, beaucoup emploient les deux mots l'un pour l'autre. La nuance utile est ailleurs : un void entier peut contenir plusieurs FVG mesurables, et c'est sur les FVG, pas sur le void, que les règles de retour de la leçon sur le fair value gap s'appliquent proprement.
Equal highs and lows : la tolérance décide de tout
Les equal highs and lows, deux extrêmes posés au même prix, forment la réserve la plus propre du graphique : la ligne se voit sans outil, donc tout le monde y dépose. Le mot « même » est pourtant le point faible de la définition. Deux plus hauts ne tombent presque jamais sur le même tick, et aucune école ne fixe la tolérance admise.
Cette tolérance décide seule du nombre de niveaux que tu verras. Sur un contrat à terme, deux plus hauts séparés de deux ticks sont des equal highs pour tout le monde ; séparés de quinze, ils ne le sont plus pour personne. Entre les deux, chacun choisit, et le choix change le comptage du simple au triple. La façon honnête de trancher est de fixer la tolérance une fois, comme une fraction du range moyen de la séance, un dixième par exemple, puis de ne plus y toucher.
L'erreur classique consiste à élargir la tolérance après coup, une fois que le prix est revenu chercher le niveau. Le graphique se remplit alors d'equal highs rétroactifs, la lecture devient invérifiable, et la statistique tirée de ton journal ne mesure plus que ta tolérance du jour.
La même règle sert de l'autre côté du trade : un stop adossé à des equal lows repérés avec une tolérance large est posé dans le dépôt, pas derrière. La leçon sur la liquidité et les stops traite ce placement en détail.
Le swing failure pattern : le même dessin lu sans l'ICT
Le swing failure pattern, abrégé SFP, vient des lecteurs de volume et non du corpus ICT, et sa définition est plus stricte que celle du balayage. Elle tient en une phrase : une bougie dépasse un plus haut de swing antérieur et clôture sous ce plus haut. En bas, le miroir exact, un plus bas dépassé et une clôture au-dessus. Le dépassement et le retour se jugent sur la même bougie, sur l'unité de temps où tu l'as repérée.
La différence avec la définition de cette leçon est nette : le swing failure pattern se valide par la clôture seule, sans attendre le displacement. Il retient donc beaucoup plus de cas, dont une part ne sont que des mèches sans suite, quand la définition ICT en écarte davantage et en manque quelques-uns au passage. Aucune des deux n'est plus vraie que l'autre, elles ne comptent simplement pas la même population.
Certains y ajoutent une condition mesurable : le dépassement échange beaucoup pour peu de terrain gagné, du volume sans progrès. Cette condition ne vaut que là où le volume est réel, sur les contrats à terme et sur les actions. Sur le forex au comptant, le volume affiché est celui de ton courtier et non celui du marché, et la condition perd son sens.
Un setup entier repose sur ce dessin, la turtle soup, décrite dans la leçon sur les setups ICT. Quelle que soit l'école, la règle ne change pas : une seule définition, écrite, et notée dans le journal, pour que la statistique porte sur une population et non sur deux.
Le compter dans ton journal
Tout ce vocabulaire se résume en une question testable : les entrées prises après un balayage validé se comportent-elles mieux que les autres ? Marque le balayage comme condition dans ton journal, celle de la définition écrite plus haut, et laisse le nombre répondre.
Cinquante cas suffisent pour une première lecture, et un journal tenu proprement fait le tri tout seul si la condition est notée à chaque trade. Si l'écart existe sur ton marché et à ton horaire, il survivra au comptage. S'il n'y survit pas, tu viens d'économiser des années de conviction.
Ce qu'il faut retenir
- Un liquidity sweep est le passage du prix à travers un extrême évident, qui déclenche les stops massés derrière, le plus souvent avant un mouvement dans l'autre sens.
- La réserve se déduit, elle ne s'affiche pas : buy side liquidity au-dessus des sommets évidents, sell side liquidity sous les creux évidents, d'autant plus grosse que le niveau est propre.
- Sweep, grab, raid, stop hunt, SFP : les définitions varient selon les écoles. Choisis-en une, écris-la, et ne la change plus.
- Un dépassement seul est une mèche. C'est le displacement qui suit dans l'autre sens qui en fait une information.
- External range liquidity aux extrêmes du dealing range, internal range liquidity dedans : le draw on liquidity est une hypothèse à compter, pas une loi.
- Le void est la traversée entière, le fair value gap la fenêtre à trois bougies dedans : les règles de retour s'appliquent aux FVG.
Pour aller plus loin
Ces articles du blog creusent les notions de cette leçon, un sujet par article.