Le break-even, en trading, est le point où un trade ou un système ne gagne ni ne perd, frais compris : c'est le seuil de rentabilité, qu'on appelle aussi le point mort. Le mot désigne aussi un geste, « mettre son stop au break-even », c'est-à-dire le ramener à son prix d'entrée. Ce guide traite ces deux sens, pour un trade et pour un système de trading, pas le seuil de rentabilité d'une entreprise.
- Le break-even d'un trade est un prix : le prix d'entrée, corrigé de tous les frais de l'aller-retour.
- Le break-even d'un système est un taux de réussite : perte moyenne ÷ (gain moyen + perte moyenne), frais compris.
- Un stop au break-even reste un ordre stop : il ne garantit pas le prix, donc pas une perte nulle.
- Aucune des sources lues pour ce guide ne mesure si déplacer son stop au prix d'entrée améliore un résultat : ça se mesure sur tes propres trades.
Le mot vient de la gestion d'entreprise, où il désigne le niveau de ventes à partir duquel une société couvre ses charges. Les traders l'ont repris pour deux usages bien différents, un calcul et une habitude. Le calcul ne se discute pas : c'est de l'arithmétique. L'habitude, elle, se discute, et aucune source ne tranche à ta place.
Ce guide ne recommande aucun réglage, aucun ordre ni aucun courtier. Les exemples chiffrés sont des calculs, construits pour montrer la mécanique et présentés comme tels ; les barèmes cités sont ceux lus sur la page nommée, et c'est le barème de ton propre courtier qui s'applique à ton compte.
Le break-even d'un trade : un prix, frais compris
Sans frais, le break-even d'un trade serait son prix d'entrée. Il ne l'est jamais tout à fait, parce qu'entrer et sortir coûtent. Trois postes déplacent ce prix : l'écart entre le prix acheteur et le prix vendeur, la commission, et le financement quand le produit en prévoit un.
L'écart de cotation. La page de la SEC sur les types d'ordres écrit qu'un ordre au marché s'exécute en général au prix demandé pour un achat et au prix offert pour une vente, ou tout près. Tu achètes donc au plus haut des deux prix et tu revends au plus bas : à l'instant où tu entres, la position vaut déjà moins que ce qu'elle a coûté, de la largeur de cet écart.
La commission. Elle se paie le plus souvent deux fois, à l'entrée et à la sortie. Sur les marchés à carnet d'ordres, elle dépend souvent du rôle de ton ordre. Le barème des frais de Kraken pour les dérivés le dit ainsi : un ordre qui croise le carnet et s'exécute aussitôt paie la commission « taker », un ordre qui attend d'abord dans le carnet paie la commission « maker ». Lu en octobre 2026, son premier palier affichait 0,02 % en maker et 0,05 % en taker, calculés sur la valeur notionnelle de l'ordre.
Le financement. La même page précise que, sur les contrats perpétuels, un taux de financement s'applique en continu, qu'il n'est pas une commission prélevée par la plateforme et qu'il est réalisé toutes les heures. Sur une position tenue plusieurs jours, il déplace donc le break-even au fil du temps. Ailleurs, ce poste peut porter un autre nom : cherche-le dans la documentation de ton courtier.
Calculer son prix de break-even
Le calcul qui suit est une illustration. Tu achètes un contrat à 50 000 avec un ordre au marché, et tu comptes sortir de la même façon, avec 0,05 % de commission par exécution. Le prix de sortie S qui annule le trade vérifie S × (1 − 0,0005) = 50 000 × (1 + 0,0005), soit S ≈ 50 050. Le prix doit donc monter d'environ 0,10 % avant que le trade ne rapporte quoi que ce soit. Avec deux ordres passifs à 0,02 %, le même calcul donne environ 50 020.
Quand la commission est un montant fixe, la logique est la même. Exemple construit : 100 actions achetées à 50,00, avec 5 de commission à l'achat et 5 à la vente. Les 10 de frais se répartissent sur 100 actions, soit 0,10 par action : le break-even est à 50,10, et c'est le prix offert, celui auquel tu peux vendre, qui doit l'atteindre. Pour une vente à découvert, tout s'inverse : le break-even est sous le prix d'entrée.
Ces frais ne sont pas un détail. La page de la FINRA sur le trading intrajournalier fréquent écrit que des transactions fréquentes peuvent s'accompagner de coûts plus élevés, susceptibles d'éroder les rendements. Et l'écart s'est mesuré : dans l'étude de Barber, Lee, Liu et Odean sur les day traders de la bourse de Taïwan, de 1992 à 2006, les 500 day traders les plus actifs gagnaient 13,1 points de base par jour avant frais sur leur day trading, et en perdaient environ 6,8 après frais. Cette mesure porte sur des actions taïwanaises à cette période, pas sur le forex ni sur les cryptomonnaies ; elle montre seulement qu'un résultat brut positif peut devenir négatif une fois les frais comptés.
Le break-even d'un système : le taux de réussite qui couvre les pertes
Un système de trading est à l'équilibre quand ce que rapportent les trades gagnants couvre exactement ce que coûtent les perdants. Si p est la part de trades gagnants, G le gain moyen d'un gagnant et L la perte moyenne d'un perdant, l'équilibre s'écrit p × G = (1 − p) × L. On en tire le taux de réussite d'équilibre : p = L ÷ (G + L).
C'est un calcul, pas une statistique de marché. Avec un gain moyen de 150 et une perte moyenne de 100, il faut 100 ÷ 250 = 40 % de trades gagnants pour ne rien perdre. En dessous, le système perd ; au-dessus, il gagne. Exprimé avec le ratio gain/perte R = G ÷ L, le même calcul devient 1 ÷ (1 + R).
Les frais entrent dans ce calcul des deux côtés : ils réduisent chaque gain et alourdissent chaque perte. Si chaque trade coûte c en frais, le taux d'équilibre devient (L + c) ÷ (G + L). Le tableau applique cette formule à un stop de 10 points, sans frais puis avec 1 point de frais par aller-retour.
| Ratio gain/perte | Objectif pour un stop de 10 points | Taux de réussite d'équilibre sans frais | Avec 1 point de frais par trade |
|---|---|---|---|
| 0,5 | 5 points | 66,7 % | 73,3 % |
| 1 | 10 points | 50 % | 55 % |
| 1,5 | 15 points | 40 % | 44 % |
| 2 | 20 points | 33,3 % | 36,7 % |
| 3 | 30 points | 25 % | 27,5 % |
Deux choses se lisent dans ce tableau. Les frais relèvent le seuil sur chaque ligne, et ils pèsent d'autant plus lourd que l'objectif est court : c'est ce qui rend le scalping si sensible aux coûts. Avec 1,5 point de frais sur un objectif de 5 points et un stop de 5 points, le même calcul donne (5 + 1,5) ÷ 10 = 65 % de trades gagnants, contre 50 % sans frais.
Un taux de réussite d'équilibre ne dit pas quel taux tu obtiendras. Un objectif plus lointain abaisse le seuil, mais il ne peut pas être atteint plus souvent qu'un objectif proche : les deux chiffres bougent ensemble. Le seul couple qui compte est celui que tu mesures sur tes propres trades, et le calculateur de win rate fait ce calcul à partir de ton gain moyen et de ta perte moyenne.
Revenir à l'équilibre après une perte
Le mot sert encore à une troisième chose : revenir à son capital de départ après des pertes. L'arithmétique est asymétrique. Après une perte de d, le gain nécessaire pour revenir au point de départ est d ÷ (1 − d) : 11,1 % après une perte de 10 %, 100 % après une perte de 50 %. Ce calcul et ses conséquences sont développés dans le guide sur le drawdown maximum.
Mettre son stop au break-even : ce que le geste fait vraiment
Mettre son stop au break-even, ou au point mort, c'est déplacer son ordre stop jusqu'à son prix d'entrée une fois que le trade a avancé dans le bon sens. L'idée : si le prix se retourne, le trade se ferme sans perte. C'est un usage de traders, pas un résultat de recherche.
Premier point, souvent oublié : un stop posé exactement au prix d'entrée ne sort pas à zéro. Les frais de l'aller-retour restent dus, donc le trade se solde par une petite perte. Pour sortir réellement à l'équilibre, le stop doit être au prix de break-even calculé plus haut, un peu au-delà du prix d'entrée dans le sens du trade.
Deuxième point : un stop au break-even reste un ordre stop. Le bulletin de la SEC sur les ordres stop, stop-limite et stop suiveur écrit que le prix stop n'est pas le prix d'exécution garanti : c'est un déclencheur qui transforme l'ordre en ordre au marché, et le prix obtenu peut s'écarter nettement du prix stop selon la liquidité disponible. « Break-even » ne veut donc pas dire « zéro perte » : sur un gap ou dans un marché rapide, un stop au point mort peut s'exécuter plus loin. Ce que chaque ordre garantit est détaillé dans le guide sur les types d'ordres de bourse.
Ce qu'on y gagne
Le gain est réel et simple à décrire : une fois le stop déplacé, la perte prévue au départ ne se produit plus dans des conditions normales d'exécution. Un trade qui était en gain ne se termine pas sur la perte initiale, et le risque que tu portais sur cette idée est retiré.
Ce qu'on y perd
Le coût est moins visible, parce qu'il ne s'affiche nulle part. Le même bulletin de la SEC rappelle qu'un stop peut être déclenché par un mouvement bref en séance. Or un stop ramené au prix d'entrée se trouve, par construction, à un prix que le marché traitait un peu plus tôt : un simple retour vers ce niveau suffit à fermer le trade, qui peut ensuite repartir vers l'objectif sans toi. Chaque trade sorti ainsi à zéro, alors qu'il aurait gagné avec son stop d'origine, est un gain qui manque dans tes statistiques.
L'effet sur le système se déduit des formules plus haut. Déplacer le stop transforme une partie des pertes en trades nuls, ce qui améliore le résultat, et une partie des gains en trades nuls, ce qui le dégrade. Lequel des deux l'emporte dépend de ta stratégie, de ton marché et du moment où tu déplaces le stop. Aucune des sources lues pour ce guide ne mesure si ce geste améliore un résultat, et ce guide ne donne donc aucun seuil à partir duquel déplacer son stop.
Pourquoi revenir à zéro attire autant
La recherche ne dit rien du stop au break-even, mais elle décrit l'attrait du point zéro. À partir d'expériences menées avec de l'argent réel, l'article de Thaler et Johnson publié en 1990 dans Management Science décrit un effet que les auteurs nomment justement « break-even » : après une perte, les issues qui offrent une chance de revenir à l'équilibre deviennent particulièrement attirantes. Et sur 10 000 comptes d'un courtier américain suivis de 1987 à 1993, l'étude d'Odean sur l'effet de disposition montre que les investisseurs réalisent leurs gains plus volontiers que leurs pertes.
Ces deux travaux portent sur des choix de paris et sur des portefeuilles d'actions, pas sur le placement d'un stop. Ils invitent seulement à une question honnête : déplaces-tu ton stop parce que ton plan le prévoit, ou parce que rendre un gain t'est pénible ? La différence entre un ajustement prévu et un ajustement sous pression est traitée dans le guide sur le take profit et le stop loss, et le placement initial dans le guide où placer son stop loss.
Le mesurer sur tes propres trades
Faute d'étude, la réponse est dans ton historique. Prends tes trades sortis au break-even et regarde, sur le graphique, ce que le prix a fait ensuite. Deux colonnes suffisent.
- Les trades sauvés : ceux où le prix est allé ensuite jusqu'à ton stop d'origine. Le déplacement t'a évité une perte entière.
- Les trades coupés : ceux où le prix a ensuite atteint ton objectif sans toucher le stop d'origine. Le déplacement t'a coûté un gain entier.
Additionne les pertes évitées d'un côté, les gains manqués de l'autre, sur un nombre de trades assez grand pour que le hasard ne décide pas seul. Si la seconde colonne pèse plus que la première, le geste te coûte de l'argent, quelle que soit la tranquillité qu'il t'apporte. Si c'est l'inverse, il te sert. Dans les deux cas, c'est une mesure sur ton système, pas une règle générale.
Le break-even d'une option
Sur les options, le mot a un sens précis : le prix du sous-jacent, à l'échéance, auquel la position ne gagne ni ne perd. Pour un call acheté, la fiche « Long Call » de l'Options Industry Council donne la formule : break-even = prix d'exercice + prime. À l'échéance, la stratégie est à l'équilibre si le prix de l'action égale le prix d'exercice plus le coût initial du call, et tout prix supérieur produit un gain net.
Exemple construit : un call de prix d'exercice 100 payé 3 est à l'équilibre, à l'échéance, quand le sous-jacent vaut 103, hors commissions. Avant l'échéance, la valeur de l'option dépend aussi du temps restant et de la volatilité : c'est le sujet du guide sur les grecques des options. Le calculateur d'option fait le calcul à l'échéance pour un call ou une put.
Le break-even et ton journal de trading
Tradoshi est un journal de trading : il ne passe aucun ordre et ne déplace aucun stop à ta place. Ce qu'un journal apporte ici tient en deux gestes. Noter les frais de chaque trade, pour connaître ton vrai prix d'équilibre plutôt que ton prix d'entrée. Et noter, pour chaque trade sorti au break-even, s'il aurait fini sur ton stop d'origine ou sur ton objectif. C'est une mesure sur tes propres trades, pas une promesse de résultat.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le break-even en trading ?
C'est le point où un trade ou un système ne gagne ni ne perd, frais compris. Pour un trade, c'est un prix. Pour un système, c'est un taux de réussite minimal. Le mot désigne aussi le fait de ramener son stop à son prix d'entrée.
Comment calculer le prix de break-even d'un trade ?
Pars du prix d'entrée et ajoute, pour un achat, tous les frais de l'aller-retour ramenés à une unité : écart de cotation, commissions d'entrée et de sortie, financement éventuel. Pour une vente à découvert, retranche-les.
Comment calculer le taux de réussite d'équilibre d'un système ?
Divise la perte moyenne par la somme du gain moyen et de la perte moyenne. Avec un gain moyen égal à deux fois la perte moyenne, le seuil est de 33,3 % sans frais. Les frais le relèvent toujours.
Mettre son stop au break-even garantit-il de ne rien perdre ?
Non. D'après la SEC, le prix stop n'est pas un prix d'exécution garanti : l'ordre devient un ordre au marché quand le seuil est touché, et il peut s'exécuter plus loin. Et un stop posé exactement au prix d'entrée laisse les frais à ta charge.
Quand faut-il déplacer son stop au break-even ?
Aucune des sources lues pour ce guide ne donne de seuil qui vaille pour tout le monde. La réponse se mesure sur tes trades : compare les pertes évitées par le déplacement aux gains qu'il t'a fait manquer.
Quel est le break-even d'un call acheté ?
D'après l'Options Industry Council, c'est le prix d'exercice plus la prime payée, à l'échéance. Un call de prix d'exercice 100 payé 3 est à l'équilibre à 103, hors commissions.
