Un retracement de Fibonacci est une grille de niveaux posée entre le départ d'un mouvement et son extrême, pour situer jusqu'où le prix peut revenir avant de repartir. Ses niveaux les plus suivis, 0,382, 0,5 et 0,618, se calculent en part du mouvement, et deux d'entre eux viennent de la suite de Fibonacci.
Le repli mesuré sur le mouvement
Sommaire
Le retracement de Fibonacci part d'une observation banale : un marché qui monte ne monte pas en ligne droite, il revient régulièrement sur ses pas avant de continuer. L'outil donne une façon de chiffrer ce repli. On prend le point de départ du mouvement et son extrême, et on trace entre les deux des niveaux exprimés en part du mouvement : 0,382 veut dire que le prix a rendu 38,2 % de ce qu'il avait pris.
Ces parts viennent de la suite de Fibonacci : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144 et ainsi de suite, chaque terme étant la somme des deux précédents. Léonard de Pise, dit Fibonacci, l'a présentée à l'Europe en 1202 dans son Liber Abaci, à travers un problème de lapins qui se reproduisent, que reprend sa biographie par l'université de St Andrews. Elle n'a été rapprochée des marchés qu'au XXe siècle, notamment par Ralph Nelson Elliott et sa théorie des vagues.
Ce que le trading en retient, ce sont les rapports entre ses termes. Divise un terme par le suivant et le résultat se stabilise autour de 0,618 : 55 / 89 = 0,618, 89 / 144 = 0,618. C'est l'inverse du nombre d'or, 1,618. Divise un terme par celui qui se trouve deux rangs plus loin et tu obtiens 0,382 (55 / 144) ; trois rangs plus loin, 0,236 (34 / 144). Ce sont les 61,8 %, 38,2 % et 23,6 % qu'affichent les plateformes, et plus les termes sont grands, plus le rapport entre deux voisins se rapproche du nombre d'or, une propriété que détaille la page Fibonacci Number de Wolfram MathWorld.
Les deux autres niveaux de la grille ne sont pas des rapports de la suite. 0,786 est la racine carrée de 0,618, un dérivé du nombre d'or. Et 0,5 n'a rien de Fibonacci : c'est la moitié du mouvement, un repère hérité de la théorie de Dow, pour laquelle une correction rend couramment entre un tiers et deux tiers du mouvement précédent, la moitié étant le cas typique.
Retracement = extrême − (extrême − départ) × ratio
Extension = départ + (extrême − départ) × ratio
Tracer la grille, c'est désigner ces deux points. Dans une tendance haussière, on clique sur le creux puis on tire jusqu'au sommet : le niveau 0 se pose sur le sommet, le niveau 1 sur le creux, et les replis se lisent en descendant. Dans une tendance baissière, on part du sommet pour tirer jusqu'au creux, et les niveaux se lisent en remontant.
Les deux points se prennent d'ordinaire sur les mèches, c'est-à-dire sur le plus haut et le plus bas réellement cotés. Certains mesurent sur les clôtures : les deux conventions se défendent, à condition de ne pas passer de l'une à l'autre d'un graphique au suivant.
La formule est la même dans les deux sens. Sur un mouvement baissier, le départ est le sommet et l'extrême le creux : la différence devient négative, et le niveau ressort au-dessus du creux.
Le ratio d'un retracement est inférieur à 1, celui d'une extension lui est supérieur : 1,272, qui est la racine carrée de 1,618, et 1,618 lui-même.
| Niveau atteint | Comment il se lit |
|---|---|
| 0,236 | Repli superficiel : le mouvement repart presque sans pause. Rarement une zone d'entrée, plutôt le signe d'une tendance forte. |
| 0,382 | Repli léger, typique des tendances soutenues. Entrer ici laisse un stop long, puisqu'il reste au-delà du départ du mouvement. |
| 0,5 | La moitié du mouvement. Dans le vocabulaire ICT, c'est l'equilibrium : zone premium au-dessus, zone discount en dessous. |
| 0,618 | Repli profond : le prix a rendu près des deux tiers du mouvement, et le stop placé au-delà du départ devient court. |
| 0,786 | Le dernier niveau avant le départ. Risque court, mais le scénario est proche de l'invalidation. |
| au-delà de 1 | Le départ est franchi : le mouvement est effacé. Ce n'est plus un retracement, c'est un retournement. |
Le tableau dit une chose que les présentations de l'outil taisent presque toujours : un niveau profond n'est pas meilleur qu'un niveau superficiel, il est différent. Plus le repli est profond, plus le risque par trade est court, et moins souvent le niveau est atteint. C'est un arbitrage, pas une hiérarchie, et il se tranche avec des chiffres et non avec une préférence.
Un niveau ne se lit jamais seul. Il se lit d'abord avec la structure de marché : un repli ne s'achète que dans une tendance qui enchaîne encore des sommets et des creux de plus en plus hauts, et le mouvement à mesurer est celui qui vient de casser le sommet précédent, pas n'importe quelle hausse.
Il se lit ensuite avec ce qui se trouve au même prix. Un niveau qui coïncide avec un ancien sommet devenu support, un fair value gap ou un order block forme une confluence : deux raisons indépendantes d'attendre une réaction au même endroit.
Un achat à 1,0938 (niveau 0,618) avec un stop à 1,0890, dix pips sous le creux, risque 48 pips. Avec l'extension 1,272 à 1,1027 pour cible, le gain visé est de 89 pips, soit 1,85 R. La même idée exécutée à 1,0921 (niveau 0,786) risque 31 pips pour en viser 106, soit 3,4 R, mais le prix doit descendre 17 pips plus bas pour te servir, ce qui arrive moins souvent.
C'est l'usage d'origine. Plutôt que d'entrer au jugé pendant un repli, on décide à l'avance à quel niveau on agira, et le niveau est chiffré avant que le prix n'y soit. Ça retire de la décision la partie qui se prend mal, celle qui se prend pendant que le prix bouge.
L'effet secondaire compte autant que l'effet principal : un niveau fixé d'avance rend le risque calculable, donc le trade comparable aux autres. Une entrée décidée en direct ne produit pas de statistique exploitable.
Le niveau 1 est le départ du mouvement : si le prix le franchit, il n'y a plus de repli à acheter et le scénario est invalidé. Le stop se place donc au-delà de ce point, quelle que soit la profondeur de l'entrée. La grille répond ainsi à la question de savoir où placer son stop loss par un prix lié au scénario, et non par un nombre de pips choisi par habitude.
La distance entre l'entrée et ce stop donne ensuite le volume : c'est le calcul que fait un calculateur de taille de position, et c'est ce qui permet de risquer la même somme à 0,382 et à 0,786.
Une extension projette l'amplitude du mouvement au-delà de son extrême. Mesurée depuis le départ, l'extension 1,272 se situe 27,2 % de l'amplitude plus loin que l'extrême, et l'extension 1,618, 61,8 % plus loin. Sur une grille de retracement dont le 0 est à l'extrême, ce sont les niveaux −0,272 et −0,618.
Deux précautions. L'outil d'extension à trois points que proposent les plateformes projette l'amplitude depuis la fin du repli, et non depuis le départ : il donne d'autres prix pour les mêmes ratios, donc deux cibles ne se comparent que tracées avec le même outil. Et une cible se juge sur ce qu'elle rapporte au regard du risque : c'est le ratio risque récompense du trade, connu avant l'entrée.
La grille affiche des prix au pip près, et cette précision est trompeuse. Entre 0,236 et 0,786, deux niveaux voisins ne sont jamais séparés de plus de 16,8 % de l'amplitude : aucun prix de cette plage n'est donc à plus de 8,4 % de l'amplitude d'un niveau. Sur un mouvement de 100 pips, un retournement survenu n'importe où entre 1,0921 et 1,0976 se trouve à moins de 9 pips d'une ligne. Vu après coup, presque tout repli semble avoir « respecté Fibonacci ».
Le deuxième piège est le discours sur les proportions naturelles. Qu'on retrouve le nombre d'or dans une coquille ne dit rien des marchés. Si les niveaux provoquent des réactions, c'est que beaucoup de traders affichent la même grille et y placent leurs ordres : une prophétie autoréalisatrice, dont la force dépend du nombre de gens qui la suivent. Un test statistique mené en 2006 par Roy Batchelor et Richard Ramyar, de la Cass Business School, a cherché ces ratios dans les tendances successives du Dow Jones, sur ses cours quotidiens de 1915 à 2003 : il conclut, dans « Magic numbers in the Dow », qu'ils n'apparaissent pas plus souvent que ne le voudrait le hasard.
Les autres travaux publiés ne renversent pas ce constat. Sur les clôtures du S&P 500 d'avril 1998 à mars 2003, Sukanto Bhattacharya et Kuldeep Kumar relèvent un résultat favorable dans les Annals of Economics and Finance, qu'ils qualifient eux-mêmes de simplement indicatif et non de concluant. Sur trois marchés d'actions, une étude parue dans Expert Systems with Applications en 2022, signée Tsinaslanidis, Guijarro et Voukelatos, observe que plus la zone tracée autour d'un niveau est large, plus un rebond y est probable, et précise que cela ne fait pas nécessairement une stratégie rentable. Aucun de ces trois travaux n'établit de taux de réussite pour un niveau.
Le troisième tient au temps réel. Sur un graphique passé, l'extrême est connu et la grille tombe juste. En direct, tant que le mouvement marque de nouveaux sommets, l'extrême se déplace et tous les niveaux avec lui : la grille que tu regardes pendant un repli n'est définitive que si le sommet l'est, et personne ne le sait sur le moment.
L'erreur classique. Choisir le mouvement après avoir décidé où l'on voulait entrer. C'est la faute la plus fréquente et la plus invisible : la grille est arithmétique, donc elle a l'air objective, alors que ses deux points viennent d'être choisis pour produire le niveau qui arrange.
| Indicateur | Formule | Ce qu'il mesure | Quand l'utiliser |
|---|---|---|---|
| Retracement de Fibonacci | Niveaux entre départ et extrême d'un mouvement | La profondeur d'un repli, en part du mouvement | Décider d'un niveau d'entrée à l'avance |
| Extension de Fibonacci | Les deux mêmes points, des ratios supérieurs à 1 | Une projection au-delà de l'extrême | Fixer une cible avant d'entrer |
| Zone OTE | La bande 0,62-0,79 de cette même grille | Un repli profond, nommé dans le vocabulaire ICT | Chercher l'entrée au risque le plus court |
| Fair value gap | 3 bougies, la 1re et la 3e ne se recouvrent pas | Une plage de prix presque pas échangée | Situer un retour sur un niveau absolu |
| Moyenne mobile | Moyenne des N derniers prix | Une tendance lissée, qui se déplace | Suivre une direction, pas fixer un niveau |
C'est la seule décision subjective de l'outil, donc le seul endroit où le rendre fiable. Une phrase suffit : « le dernier mouvement qui casse une structure », ou « le dernier sommet et le dernier creux de la séance ». Écrite, elle empêche de choisir après coup le sommet qui arrange.
Superposer les retracements de plusieurs mouvements garantit qu'un prix tombera toujours sur un niveau, et vide l'outil de tout pouvoir de sélection. Deux niveaux de Fibonacci au même prix ne sont pas deux raisons, c'est la même raison comptée deux fois. Garde une seule grille, celle de l'unité de temps qui commande ton plan, et demande la seconde raison à autre chose : la structure, une zone que le prix a déjà travaillée, un nombre rond.
C'est l'arbitrage que personne ne tranche en général, et il se tranche très bien en particulier. Deux étiquettes, une trentaine de trades chacune, et le R moyen de chaque groupe dit lequel des deux niveaux te paie.
C'est une grille de niveaux tracée entre le départ d'un mouvement et son extrême, pour chiffrer jusqu'où le prix revient avant de repartir. Un niveau de 0,618 signifie que le prix a rendu 61,8 % de ce qu'il avait pris.
C'est la suite de nombres où chaque terme est la somme des deux précédents : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34 et ainsi de suite. Elle porte le nom de Léonard de Pise, dit Fibonacci, qui l'a publiée en 1202, mais des mathématiciens indiens la décrivaient plusieurs siècles avant lui. Le rapport entre deux termes consécutifs tend vers 1,618, le nombre d'or, et c'est ce rapport que le trading lui emprunte.
0,382, 0,5 et 0,618 pour les replis, auxquels s'ajoutent 0,236 pour les replis très courts et 0,786 pour les replis profonds. Pour les cibles, les extensions 1,272 et 1,618. Dans MetaTrader, 0,786 ne figure pas dans la liste par défaut : il s'ajoute dans les propriétés de l'outil.
Niveau = extrême − (extrême − départ) × ratio. Sur un mouvement de 1,0900 à 1,1000, le niveau 0,618 vaut 1,1000 − 0,0100 × 0,618 = 1,0938. Un calculateur de Fibonacci fait la même opération, et l'outil de tracé des plateformes l'applique dès que les deux points sont posés.
Non. Le tracé est inclus gratuitement dans toutes les plateformes de graphiques, et le calcul se refait à la main en une ligne. Un outil payant ne peut rien ajouter à une soustraction et une multiplication.
Ils produisent des réactions, mais pas pour la raison qu'on avance d'habitude. Rien n'établit que les marchés obéissent à ces ratios par nature : cherchés dans le Dow Jones de 1915 à 2003, ils n'y apparaissent pas plus souvent que le hasard ne le voudrait. Les niveaux comptent parce que beaucoup de traders affichent la même grille et y concentrent leurs ordres. La seule réponse qui vaille pour toi est celle de tes propres trades, mesurée niveau par niveau.
L'arbitrage entre un niveau superficiel et un niveau profond est une question de R, et c'est exactement ce que Tradoshi calcule. Le R d'un trade est son résultat divisé par le risque pris, donc par la distance entre ton entrée et ton stop : entrer à 0,79 plutôt qu'à 0,38 raccourcit cette distance et change le R du même trade, sans que le marché ait fait quoi que ce soit de différent.
L'écran Rapports affiche le R moyen à côté du win rate et de l'espérance de gain. En étiquetant tes entrées par niveau, tu obtiens les deux moitiés de l'arbitrage sur tes propres données : le niveau profond devrait montrer un R moyen plus élevé et un win rate plus bas, et c'est le produit des deux, pas l'un des deux, qui désigne le meilleur choix.
Pour aller au fond du sujet : lire le guide complet. Tous les termes sont réunis dans le glossaire.