EMA clouds : définition, ce que le nuage colorie
La source d'origine est la page de l'indicateur « Ripster EMA Clouds » sur TradingView, publiée le 9 mars 2021 par le compte ripster47, avec son code source ouvert. Sa description présente l'« EMA Cloud System » comme un système de trading inventé par Ripster, dans lequel des zones sont ombrées entre deux EMA choisies. C'est toute la définition : un nuage est la surface comprise entre deux moyennes.
Le code publié dit ce qui décide de la couleur : une seule comparaison. Si la moyenne courte est supérieure ou égale à la moyenne longue, le nuage prend une couleur ; sinon, l'autre. Le changement de couleur est donc exactement le croisement des deux moyennes, et l'épaisseur du nuage est leur écart. Par défaut, les deux lignes elles-mêmes ne sont pas tracées : on ne voit que la surface.
Deux précisions de vocabulaire. Ce nuage n'est pas celui de l'Ichimoku, qui n'est pas construit avec des moyennes exponentielles. Et d'autres scripts, d'autres auteurs, portent sur TradingView un nom voisin et colorient l'intervalle entre d'autres paires d'EMA : cette leçon décrit celui de ripster47. Page consultée en octobre 2026.
Les réglages publiés par l'auteur : cinq paires, trois affichées
Ce que le code contient. Cinq nuages, chacun avec sa paire de longueurs : 8 et 9, 5 et 12, 34 et 50, 72 et 89, 180 et 200. Les trois premiers sont affichés par défaut, les deux derniers sont désactivés. Un menu permet de remplacer les moyennes exponentielles par des moyennes simples. Une note de version de juillet 2023 précise que ces valeurs par défaut sont celles que l'auteur utilise.
Ce que la description ajoute. Elle cite les combinaisons 5-12, 34-50, 8-9 et 20-21, en précisant que d'autres sont possibles. La paire 20-21 ne figure donc pas dans les valeurs par défaut du code, et les paires 72-89 et 180-200 ne figurent pas dans la description. Elle indique aussi les unités de temps visées : 10 minutes pour le day trading, 1 heure ou le journalier pour le swing.
La lecture que l'auteur en propose. La description lui attribue trois usages : le nuage 5-12, ou 5-13, sert de ligne de tendance souple pour les trades de la journée ; le nuage 8-9 peut servir de niveau de repli, de façon facultative ; et un prix au-dessus ou au-dessous du nuage 34-50 confirme un biais haussier ou baissier. Elle ajoute que la zone du nuage sert de support ou de résistance. Ce sont les affirmations de l'auteur : la page ne les accompagne d'aucune mesure.
Le prix de départ n'est pas la clôture. Dans le code, la source par défaut est le prix médian de la bougie, (plus haut + plus bas) ÷ 2, et non la clôture qu'utilisent d'ordinaire les moyennes mobiles d'une plateforme. Une EMA à 12 périodes ajoutée à côté, sur les clôtures, ne suivra donc pas exactement le bord du nuage. Avant de comparer deux écrans, vérifie la source, les longueurs et le type de moyenne.
Le calcul d'une EMA, rappel en trois temps
Le script ne fait qu'appeler la fonction de moyenne exponentielle de la plateforme. La ChartSchool de StockCharts, à sa page sur les moyennes mobiles, décrit ce calcul en trois temps. La première valeur est la moyenne simple des N premiers prix. Le multiplicateur vaut 2 ÷ (N + 1). Ensuite, à chaque bougie : EMA = (prix − EMA précédente) × multiplicateur + EMA précédente.
L'aide de MetaTrader 5 sur les moyennes mobiles écrit la même récurrence sous une autre forme : EMA = prix × P + EMA précédente × (1 − P), où P est la part accordée au dernier prix. Pour les deux moyennes du nuage 5-12, le multiplicateur vaut 2 ÷ 6, soit un tiers, et 2 ÷ 13, soit 15,4 % : la moyenne courte donne au dernier prix un poids plus de deux fois supérieur, et c'est pourquoi elle tourne la première.
Deux conséquences pratiques. Une EMA dépend de toutes les valeurs qui la précèdent : StockCharts écrit que plus on lui donne de points de données, plus elle est exacte, si bien que deux graphiques qui ne chargent pas le même historique n'affichent pas tout à fait le même nuage sur ses premières bougies. Et le nuage n'existe pas avant que la moyenne longue ait reçu ses N prix : douze bougies pour le 5-12, cinquante pour le 34-50. La différence entre moyenne simple et exponentielle est détaillée dans l'article sur les moyennes mobiles.
Un exemple refait à la main : le nuage 5-12 sur quatorze bougies
Les prix sont inventés. Ce sont les prix médians des quatorze premières bougies du schéma : 100,00, 100,60, 99,80, 100,40, 101,00, 100,20, 99,60, 100,00, 100,80, 100,40, 99,80, 99,40, puis 100,60 et 102,00. Les résultats sont arrondis à deux décimales à l'affichage, mais chaque étape repart de la valeur non arrondie.
L'EMA à 5 périodes. Sa première valeur est la moyenne simple des cinq premiers prix : 501,80 ÷ 5 = 100,36, à la bougie 5. À la bougie 6 : (100,20 − 100,36) ÷ 3 + 100,36 = 100,3067, soit 100,31. La même opération, répétée jusqu'à la bougie 12, donne 99,90 (99,9032).
L'EMA à 12 périodes. Elle n'existe qu'à la bougie 12 : 1 202,00 ÷ 12 = 100,1667, soit 100,17. Le nuage commence donc là, et il commence rouge : la moyenne courte, à 99,90, est sous la moyenne longue, à 100,17. L'écart est de −0,26.
Bougie 13, prix médian 100,60. EMA 5 = (100,60 − 99,9032) ÷ 3 + 99,9032 = 100,14 (100,1355). EMA 12 = (100,60 − 100,1667) × 2 ÷ 13 + 100,1667 = 100,23 (100,2333). La courte est encore dessous, de 0,10 : le nuage reste rouge, mais il s'amincit.
Bougie 14, prix médian 102,00. EMA 5 = (102,00 − 100,1355) ÷ 3 + 100,1355 = 100,76. EMA 12 = (102,00 − 100,2333) × 2 ÷ 13 + 100,2333 = 100,51. La courte passe au-dessus, de 0,25 : le nuage devient vert. Le prix médian est alors à 102,00, soit 2,60 au-dessus de son plus bas, 99,40, marqué deux bougies plus tôt. Le signal arrive après le début de la hausse, jamais avant.
Lire le nuage sur cinquante-deux bougies
La hausse. Le nuage reste vert de la bougie 14 à la bougie 31, et il s'épaissit presque sans interruption pendant la hausse : l'écart entre les deux moyennes atteint son maximum, 3,15, à la bougie 26, celle du prix médian le plus haut, 114,60. Un nuage épais dit que les prix récents sont loin de la moyenne des prix plus anciens. Il ne dit pas que la tendance va continuer : il est le plus épais à la bougie même où elle s'arrête.
Le retournement. Le prix baisse dès la bougie 27. Le nuage s'amincit, l'écart tombe à 0,06 à la bougie 31, et la couleur change à la bougie 32, quand le prix médian est à 106,00 : six bougies après le sommet, et 8,60 plus bas. Quelqu'un qui aurait acheté au passage au vert et vendu au passage au rouge, au prix médian et sans frais, aurait gagné 106,00 − 102,00 = 4,00, sur une hausse qui en a parcouru 15,20 du plus bas au plus haut.
Le marché sans tendance. De la bougie 35 à la bougie 52 (zone teintée), le prix médian oscille entre 103,40 et 109,00. Le nuage rouge se pince presque jusqu'à disparaître : l'écart n'est plus que de 0,14 à la bougie 38, de 0,01 à la bougie 45. Il passe au vert à la bougie 46, avec un prix médian à 108,80, à 0,20 du haut de la zone, puis repasse au rouge deux bougies plus tard, à 105,20. Le même aller-retour perd 3,60, dans une zone qui n'en fait que 5,60 de large.
Aucune de ces lectures n'est un ordre d'achat ou de vente, et l'exemple ne prouve rien d'autre que le mécanisme. Une règle bâtie sur un nuage se teste sur ton marché, ton unité de temps et tes frais, avec la méthode de l'article backtester une stratégie sans se mentir. Tradoshi ne relève pas les nuages au moment de tes trades : ils se lisent sur ton graphique. Le journal sert à l'étape suivante : tu étiquettes chaque trade pris sur cette lecture, par exemple « passage au vert du 5-12 », et le tableau de bord se filtre par étiquette pour voir ce qu'elle a donné chez toi.
Ce que disent les études sur les croisements de moyennes mobiles
Aucune étude publiée, à notre connaissance, ne mesure les EMA clouds sous ce nom. Les taux de réussite qui circulent à leur sujet n'ont pas pu être rattachés à une publication, et cette leçon n'en reprend aucun. Ce qui a été étudié, c'est la famille à laquelle le nuage appartient : les règles de croisement de moyennes mobiles.
L'étude de référence est celle de Brock, Lakonishok et LeBaron, « Simple Technical Trading Rules and the Stochastic Properties of Stock Returns » (Journal of Finance, 1992). Elle teste deux règles, la moyenne mobile et la cassure de range, sur l'indice Dow Jones de 1897 à 1986, et son résumé conclut que les résultats soutiennent fortement ces stratégies. La population est précise : un seul indice d'actions américaines, sur quatre-vingt-dix ans.
Sept ans plus tard, Sullivan, Timmermann et White, dans « Data-Snooping, Technical Trading Rule Performance, and the Bootstrap » (Journal of Finance, 1999), reprennent les mêmes données pour corriger le biais de fouille de données, celui qui consiste à ne retenir après coup que les règles qui ont marché. Ils élargissent l'univers de 26 règles à 7 846 et prolongent l'indice jusqu'en 1996. De 1897 à 1986, certaines règles battent bien la référence, même après correction. De 1987 à 1996, les dix années que l'étude d'origine n'avait pas pu voir, ce n'est plus le cas : les auteurs n'y trouvent guère de preuve d'une valeur économique de ces règles, et aucune sur le contrat à terme S&P 500 de 1984 à 1996.
Trois écarts séparent ces tests d'un nuage sur ton écran. Les moyennes y sont arithmétiques, c'est-à-dire simples : la seconde étude le précise en note, et aucune des deux ne porte sur des moyennes exponentielles. Les données sont quotidiennes, alors que l'auteur de l'indicateur vise d'abord le graphique en 10 minutes. Et le marché est un indice d'actions américaines : rien de cela ne se transpose tel quel à une action isolée, au forex ou aux cryptomonnaies.
Les limites des EMA clouds
Le nuage n'ajoute aucune information à ses deux moyennes. Sa couleur est le signe de leur écart, son épaisseur est la valeur de cet écart. C'est le calcul d'une ligne MACD, moyenne courte moins moyenne longue, réglée sur d'autres longueurs et dessinée sur le prix au lieu d'un panneau séparé. Le coloriage rend le croisement plus facile à voir. Il ne le rend ni plus précoce ni plus fiable.
Une moyenne est en retard par construction. StockCharts l'écrit : les moyennes mobiles reposent sur des données passées, donc elles suivent le prix avec retard, et plus la moyenne est longue, plus le retard est grand. Dans l'exemple, la couleur change six bougies après le sommet, 8,60 plus bas. Raccourcir les longueurs réduit ce retard et multiplie les changements de couleur : aucun réglage ne supprime ce compromis.
Sans tendance, les faux signaux se multiplient. La même page de StockCharts prévient que les croisements de moyennes mobiles donnent des signaux relativement tardifs et, en l'absence de tendance forte, beaucoup de faux signaux. Dans la zone teintée du schéma, le seul passage au vert se fait presque au plus haut et s'annule deux bougies plus tard. La paire 8-9 est la plus exposée : deux longueurs aussi proches donnent deux moyennes presque confondues, qui se croisent au moindre écart.
Trois nuages ne font pas trois confirmations. Les nuages 8-9, 5-12 et 34-50 sont calculés sur la même série de prix, avec la même formule. Quand ils sont tous de la même couleur, ils décrivent une seule chose, une hausse ou une baisse déjà installée, à trois vitesses. La page sur l'analyse technique explique pourquoi deux outils de la même famille ne se confirment pas l'un l'autre.
Le rôle de support ou de résistance n'est pas mesuré. La description de l'indicateur l'affirme, sans chiffre. Dans l'exemple, le prix médian entre dans le nuage à la bougie 28 et en ressort par le bas à la bougie 30, sans s'y arrêter. Un nuage ne dit rien non plus de la distance d'un stop, qui se raisonne en volatilité avec l'ATR, ni de la sortie, que traite la leçon sur le SAR parabolique.
Questions fréquentes
C'est quoi les EMA clouds ?
Ce sont deux moyennes mobiles exponentielles de longueurs différentes dont l'intervalle est colorié : d'une couleur quand la plus courte est au-dessus de la plus longue, d'une autre quand elle est en dessous. Le nom vient de l'indicateur « Ripster EMA Clouds », publié sur TradingView en mars 2021.
Quels sont les réglages des Ripster EMA clouds ?
Le code publié par l'auteur contient cinq paires de longueurs : 8-9, 5-12, 34-50, 72-89 et 180-200. Les trois premières sont affichées par défaut. Les moyennes sont calculées sur le prix médian de la bougie, (plus haut + plus bas) ÷ 2. La description cite aussi la paire 20-21.
Comment calculer une EMA ?
La première valeur est la moyenne simple des N premiers prix. Ensuite, EMA = (prix − EMA précédente) × 2 ÷ (N + 1) + EMA précédente. Avec une EMA à 5 périodes à 100,36 et un nouveau prix à 100,20, la valeur suivante est (100,20 − 100,36) ÷ 3 + 100,36 = 100,31.
Que veut dire un changement de couleur du nuage ?
Que les deux moyennes viennent de se croiser, rien de plus. Le nuage passe d'une couleur à l'autre quand la moyenne courte franchit la moyenne longue. Ce croisement arrive après le retournement du prix : dans l'exemple de la leçon, six bougies après le sommet.
Les EMA clouds sont-ils fiables ?
Aucune étude publiée, à notre connaissance, ne les mesure sous ce nom. Les tests publiés portent sur des croisements de moyennes simples, en données quotidiennes, sur l'indice Dow Jones : Sullivan, Timmermann et White (1999) leur trouvent un avantage de 1897 à 1986, qui ne se retrouve pas de 1987 à 1996.
Ce qu'il faut retenir
- Un EMA cloud est l'intervalle colorié entre deux moyennes mobiles exponentielles ; sa couleur dit seulement laquelle des deux est au-dessus de l'autre.
- Le code de l'indicateur « Ripster EMA Clouds » contient les paires 8-9, 5-12, 34-50, 72-89 et 180-200, calculées par défaut sur le prix médian de la bougie.
- EMA = (prix − EMA précédente) × 2 ÷ (N + 1) + EMA précédente, la première valeur étant une moyenne simple.
- Le changement de couleur arrive en retard : dans l'exemple, six bougies après le sommet, et il se retourne en deux bougies dans le marché sans tendance.
- Aucune étude publiée, à notre connaissance, ne mesure les EMA clouds ; les tests connus portent sur des moyennes simples, en données quotidiennes, sur le Dow Jones.
Pour aller plus loin
Ces articles du blog creusent les notions de cette leçon, un sujet par article.