C'est quoi le prop trading ? C'est le trading qu'une société fait avec son propre argent et pour son propre compte, sans client derrière l'ordre : si le trade gagne, elle garde le gain, s'il perd, elle encaisse la perte. L'expression abrège proprietary trading, la négociation pour compte propre. Depuis quelques années, le même mot sert aussi à vendre autre chose : une évaluation payante, puis un compte de démonstration, proposés à des particuliers par des sociétés en ligne. Ce sont deux activités différentes, et presque toute la confusion sur le sujet vient de là.
- Au sens strict, une société trade son propre capital et porte seule le risque.
- Au sens courant sur les réseaux, c'est l'offre des prop firms en ligne : un compte simulé chez FTMO comme chez Topstep, d'après leurs propres pages.
- Le test qui tranche : qui perd de l'argent réel si le trade tourne mal ?
- Le premier sens est encadré de près : interdit en règle générale aux banques américaines, cantonné en filiale en France au-delà de certains seuils, soumis à 750 000 € de capital initial pour une entreprise d'investissement agréée dans l'Union.
Tape le mot sur YouTube : tu tombes sur des captures de versements. Cherche-le dans un texte de loi : tu tombes sur la séparation des activités bancaires. Les deux parlent de prop trading, sans parler de la même chose, et c'est fâcheux quand on s'apprête à payer une évaluation en croyant entrer dans le métier du premier sens.
Cet article s'en tient à la question du mot. Il dit ce qu'est le prop trading au sens strict, comment une telle société gagne sa vie, pourquoi les banques ont dû s'en écarter, ce que les offres en ligne vendent sous ce nom, et comment savoir devant quoi tu te trouves. Le déroulé d'une évaluation, étape par étape, a sa place dans notre guide du prop firm trading.
Le sens d'origine : un ordre sans client derrière
Les textes sont plus nets que le vocabulaire des réseaux. L'article 4 de la directive européenne MiFID II définit la négociation pour compte propre comme le fait de trader « against proprietary capital », contre son propre capital, jusqu'à la conclusion de transactions sur des instruments financiers. La loi américaine, au 12 U.S.C. § 1851, parle d'intervenir « as a principal » pour le compte de négociation de l'établissement.
Tout tient dans ce mot, principal. Un courtier est un intermédiaire : il transmet ton ordre, et le résultat est pour toi. Un gérant de fonds décide, mais l'argent est celui de ses investisseurs. La société de prop trading n'a personne d'autre dans l'opération : elle est la contrepartie, et c'est son bilan qui absorbe le résultat. Personne ne lui a passé d'ordre, personne ne lui rendra de comptes sur un mandat, et personne ne couvrira sa perte.
| Qui | À qui est l'argent | D'où vient le revenu de la société | Qui perd si le trade tourne mal |
|---|---|---|---|
| Société de prop trading | À elle | Le résultat de ses propres positions | La société |
| Courtier | Au client | Commissions et écarts facturés au client | Le client |
| Fonds d'investissement | Aux investisseurs | Frais de gestion et, souvent, de performance | Les investisseurs |
| Prop firm en ligne | Capital simulé chez FTMO, et chez Topstep jusqu'à l'Express Funded Account, d'après leurs pages | Frais d'évaluation ou d'abonnement ; des trades peuvent être copiés en réel, écrit la FSMA | Le participant perd ses frais, le résultat du compte étant simulé |
Comment gagne une vraie société de prop trading
Oublie l'image du trader qui parie sur la direction de l'or. Chez les grands noms, le cœur de l'activité est souvent la tenue de marché. Optiver, en activité depuis 1986, dit coter en continu des prix d'achat et de vente « using our own capital and advanced technology », avec son capital et sa technologie. MiFID II donne la définition juridique du teneur de marché : quelqu'un qui se déclare prêt, en continu, à acheter et à vendre contre son propre capital, à des prix qu'il fixe lui-même.
Prends un exemple fictif, juste pour la mécanique. Un teneur de marché affiche 100,00 à l'achat et 100,02 à la vente. S'il achète 1 000 titres à l'un et les revend à l'autre, il encaisse 20 de fourchette avant frais. Personne ne lui a demandé d'avoir un avis sur l'action. Son risque est ailleurs, dans l'inventaire : s'il reste avec ses 1 000 titres et que le prix recule de 0,10, la perte vaut cinq fois ce que l'aller-retour devait lui rapporter. Le métier consiste à répéter ce petit écart un très grand nombre de fois sans se faire surprendre par le gros mouvement.
Ce modèle réclame du volume et des machines. Jane Street, qui se présente comme « a global liquidity provider and trading firm », dit intervenir sur plus de 200 places électroniques et autres lieux d'exécution, et l'offre d'emploi de trader quantitatif de Jane Street parle de modèles maison et de plus d'un million de transactions les jours chargés. On est loin d'un écran, d'une souris et d'une intuition.
Le terrain est rude, y compris entre professionnels. L'étude de Baron, Brogaard et Kirilenko diffusée par la CFTC a suivi les sociétés de trading à haute fréquence sur le contrat E-mini S&P 500, sur deux ans à partir d'août 2010. Le revenu s'y concentre sur un petit nombre d'acteurs, les auteurs parlent d'une structure où le gagnant rafle la mise, et les nouveaux entrants gagnent moins et sortent plus souvent. Ça ne vaut que pour ce marché et cette période, et c'est une version de travail. Mais l'idée générale reste utile : au sens strict, le prop trading est une industrie de capital, de vitesse et d'ingénieurs.
Pourquoi les banques ont dû s'en écarter
Le prop trading a longtemps vécu aussi dans les banques, à côté des dépôts de leurs clients. Aux États-Unis, la règle Volcker, telle que la présente la Réserve fédérale, « generally prohibits banking entities from engaging in proprietary trading » : elle l'interdit en règle générale aux entités bancaires. Le texte final date du 10 décembre 2013, avec une mise en conformité au 21 juillet 2015. La loi garde des exceptions : les titres d'État américains, la tenue de marché, la couverture des risques, les opérations pour les clients. Le débat se loge là, parce qu'un même achat de titres peut relever de la tenue de marché, permise, ou d'un pari sur le bilan, interdit.
La France a préféré le cantonnement à l'interdiction. La loi du 26 juillet 2013, dans sa rédaction d'origine, impose à un établissement qui dépasse des seuils fixés par décret de loger son trading pour compte propre dans une filiale dédiée, hors service aux clients, couverture et tenue de marché notamment. Cette filiale n'a pas accès au négoce à haute fréquence soumis à la taxe prévue par le code général des impôts, ni aux opérations à terme sur matières premières agricoles.
Hors du monde bancaire, l'activité reste possible et encadrée. Dans l'Union, l'article 9 de la directive (UE) 2019/2034 fixe à 750 000 € le capital initial d'une entreprise d'investissement agréée pour négocier pour compte propre. Retiens l'ordre de grandeur : c'est ce qu'attend le législateur de qui s'expose pour de bon sur son bilan, alors qu'un abonnement d'évaluation se paie en dizaines de dollars par mois.
Le prop trading en ligne : même mot, autre produit
La confusion vient d'un emprunt. La mise en garde de la FSMA belge, datée du 7 mars 2024, décrit des sociétés qui, à côté de leur négociation pour compte propre, offrent aux consommateurs « la possibilité de s'adonner à un jeu d'investissement fictif » : le consommateur « ne négocie pas pour de vrai ». Le communiqué de la CONSOB italienne du 8 juillet 2024 parle d'une sorte de jeu vidéo de la finance, et rapporte des plaintes sur des tests qui seraient conçus pour pousser à recommencer et sur des gains non partagés. Ce sont des avertissements généraux : aucun des deux ne nomme une société.
Les sociétés le disent aussi, dans leurs propres mots. La page des objectifs de FTMO écrit que tous ses comptes sont « demo accounts with fictitious funds », des comptes de démonstration aux fonds fictifs. La page du programme de Topstep parle d'un environnement simulé pour une partie du parcours, et la page de tarifs de Topstep affichait en novembre 2026 un abonnement de 49 à 199 $ par mois sur le parcours standard, selon la taille du compte. Aucun aveu là-dedans : c'est écrit noir sur blanc, et cela vaut mieux qu'une publicité qui ne parle que de capital.
Topstep publie aussi ses résultats pour 2025, et ils méritent d'être lus de près : 16,8 % des Trading Combines lancés ont été réussis, 51,8 % des participants ont accédé au niveau financé au moins une fois, 33,3 % des participants à ce niveau ont reçu un versement, et 0,71 % de ceux sur un Express Funded Account ont été appelés sur un Live Funded Account. Lis bien les dénominateurs. Le premier chiffre compte des évaluations, le deuxième des personnes : l'écart dit qu'une même personne s'y reprend souvent à plusieurs fois, ce qui colle à un modèle d'abonnement. Le dernier répond à notre sujet : sur cette page, moins d'un participant sur cent atteint le compte que la société appelle live. Ces chiffres ne valent que pour elle.
Le droit, lui, n'a pas tranché le modèle. En août 2023, le régulateur américain CFTC a poursuivi la société derrière My Forex Funds pour fraude et obtenu son placement sous administration. En mai 2025, d'après l'analyse du cabinet Willkie Farr, un juge du New Jersey a rejeté l'affaire définitivement et condamné l'agence à des frais, après qu'un expert mandaté par le tribunal a relevé de fausses déclarations de sa part. Ce dossier ne blanchit pas le secteur et ne le condamne pas : c'est la conduite de l'agence qui a fait tomber l'affaire.
Pour comparer les sociétés elles-mêmes, nous tenons une liste des prop firms notées et un classement indépendant des prop firms, et notre article pour choisir sa prop firm dit quoi lire dans un règlement.
Trois questions pour savoir devant quoi tu es
- Qui paie qui ? Une société de trading qui recrute te rémunère, et c'est elle qui prend le risque de se tromper sur toi. Si on te demande des frais avant ton premier trade, tu es client, pas employé.
- Le compte est-il réel ? Cherche demo, simulated, fictitious au bas des pages et dans les conditions. S'ils y sont, le capital annoncé est une unité de compte, pas une somme placée sur un marché.
- Que se passe-t-il quand ça tourne mal ? Dans le premier sens, une société perd son argent. Sur une évaluation, tu perds l'accès au compte et tes frais, parfois sur un seul seuil franchi : la limite de perte journalière et le trailing drawdown sont les deux à comprendre en premier.
Aucune de ces réponses ne disqualifie une offre. Un compte simulé payant peut très bien te convenir si tu sais ce que tu achètes : un cadre, des limites imposées, et une chance de toucher une part du résultat. Le problème commence quand tu crois avoir été embauché. Et si c'est la personne plutôt que l'activité qui t'intéresse, notre article sur ce qu'est un prop trader détaille le métier, le statut et la paie.
Et ton journal de trading dans tout ça
Une société qui trade son bilan ne peut pas ignorer ce que lui coûte chaque activité. Sur un compte d'évaluation, le réflexe manque souvent : on regarde le solde affiché, rarement la somme de ce qu'on a payé pour l'obtenir. L'écran Prop Firm de Tradoshi met face à face ce que tu as dépensé en évaluations, activations et remises à zéro, et ce que tu as réellement reçu, et il compare tes trades clos aux règles de ta société. Ça ne te dit pas quoi trader : ça t'évite de te raconter une histoire sur ton résultat. La méthode pour tenir ces limites sur la durée est dans notre guide pour réussir un challenge de prop firm.
Questions fréquentes
Prop trading et prop firm, c'est la même chose ?
Pas forcément. Le prop trading est l'activité d'une société qui trade son propre capital. Une prop firm, au sens où on l'entend en ligne, vend le plus souvent une évaluation payante puis l'accès à un compte simulé, d'après les pages de FTMO et de Topstep. Les deux partagent un nom, pas un modèle.
Un particulier qui trade son argent fait-il du prop trading ?
Il trade bien pour son propre compte, mais le mot désigne d'ordinaire une société ou une personne qui agit pour elle. Un particulier se décrit simplement comme un trader particulier, et il ne relève pas des mêmes règles qu'une entreprise d'investissement.
Le prop trading est-il légal ?
Au sens strict, oui, dans un cadre qui dépend du pays et de l'acteur : la règle Volcker aux États-Unis pour les banques, la loi de 2013 en France, MiFID II et la directive 2019/2034 dans l'Union. Pour les offres en ligne, la FSMA et la CONSOB ont publié des mises en garde, et la question reste à vérifier pays par pays.
Une banque a-t-elle encore le droit d'en faire ?
Aux États-Unis, c'est interdit en règle générale, avec des exceptions comme la tenue de marché, la couverture et les opérations pour les clients. En France, la loi de 2013, dans sa rédaction d'origine, impose une filiale dédiée au-delà de seuils fixés par décret.
Le prop trading, c'est une arnaque ?
Au sens strict, non : c'est un métier ancien et réglementé. Pour les offres en ligne, le mot ne suffit pas à juger. La CONSOB rapporte des plaintes sur des tests et des gains non partagés, la FSMA parle d'un jeu fictif, et certaines sociétés publient leurs chiffres. Reste à lire les conditions de chacune.
Quelle différence avec un hedge fund ?
L'argent. Un hedge fund gère les capitaux de ses investisseurs et se rémunère sur des frais. Une société de prop trading n'engage que le sien et garde le résultat. Les stratégies peuvent se ressembler, la personne qui perd en cas d'erreur ne se ressemble pas.
Combien de capital faut-il pour en faire ?
Pour une entreprise d'investissement agréée dans l'Union afin de négocier pour compte propre, le capital initial exigé est de 750 000 €, selon l'article 9 de la directive 2019/2034. L'accès à une évaluation en ligne n'a rien à voir : chez Topstep, l'abonnement allait de 49 à 199 $ par mois en novembre 2026.
