Comment les prop firms gagnent de l'argent ? D'abord en vendant des évaluations, pas en prélevant une part de tes gains sur un marché. Chez FTMO et chez Topstep, les comptes proposés jusqu'au niveau financé sont simulés : ce qui entre, ce sont des frais, des remises à zéro et des activations, et ce qui sort, ce sont des récompenses payées en argent réel. Les chiffres 2025 de FTMO donnent l'ordre de grandeur : environ 330 $ encaissés par commande, et environ 14 % du chiffre d'affaires de 2024 reversés aux traders.

La réponse qu'on lit partout tient en une phrase : la firme vit des échecs. Elle n'est pas fausse, elle est incomplète. Elle n'explique ni pourquoi une société verse des centaines de millions de dollars à ses clients, ni pourquoi son bénéfice peut fondre l'année où elle n'a jamais autant vendu. Pour y voir clair, il faut sortir des slogans et regarder où passent les flux.

Cet article s'appuie sur ce que les firmes publient, sur ce que la presse tchèque a tiré du rapport annuel de FTMO, et sur les textes de deux régulateurs et d'un tribunal. Il décrit un modèle économique, il ne dit pas si telle firme est un bon achat.

En brefUne prop firm en ligne encaisse des frais avant que tu ne passes le moindre ordre, et ses comptes sont simulés jusqu'au niveau financé chez FTMO comme chez Topstep. FTMO a enregistré 8,81 milliards de couronnes de chiffre d'affaires en 2025 pour 1,27 million de commandes, dont environ 80 % venues de clients déjà connus. Les récompenses liées aux ventes de 2024 ont atteint environ 955 millions de couronnes, 82 % de plus que prévu, et le bénéfice net a chuté de 59 %. Le trading réel existe, mais à part : FTMO le mène sur ses propres comptes, et Topstep n'y appelle qu'une toute petite part de ses traders.

Les six lignes de recettes d'une prop firm

Toutes les firmes n'utilisent pas toutes les lignes, et aucune de celles que nous avons lues ne publie la part de chacune. Le tableau montre donc ce qui existe, avec un exemple tiré d'une page officielle, pas une répartition.

D'où vient l'argentLe mécanismeExemple lu en novembre 2026
Frais d'évaluationLe prix de la tentative, payé une fois ou chaque moisTopstep : 49 $, 99 $ ou 199 $ par mois selon la taille du compte
Remise à zéroRepartir après un échec sans racheter tout le parcoursTopstep : le prix de l'abonnement, soit 49 $ sur un compte de 50K
ActivationUn droit d'entrée au moment de recevoir le compte financéTopstep : 149 $ par compte obtenu, ou un abonnement plus cher sans ces frais
RéactivationRécupérer un compte financé perduTopstep : de 599 $ à 829 $ selon la taille
Options et servicesDonnées, frais de virement, formation, logicielsTopstep : carnet d'ordres à 38 $ par mois, 30 $ par virement ; la FSMA décrit aussi des cours payants
Trading réel de la firmeUne activité menée à part, avec ses propres fondsFTMO l'écrit dans sa FAQ, sans en donner le montant

Tous ces prix de Topstep figurent sur sa page d'aide sur les tarifs et sur sa politique de versement. La même page d'aide précise que la plupart des frais ne sont pas remboursables. Chez FTMO, la logique diffère : sa FAQ sur les frais rembourse le 2-Step au premier retrait de récompense, mais pas le 1-Step ni le compte instantané.

Les frais d'évaluation, le vrai moteur du modèle

Le principe est celui d'un droit d'inscription : la firme encaisse au moment de la vente, quel que soit le résultat. Spotware, l'éditeur de la plateforme cTrader, le décrit sans détour dans son article sur l'argent réel des prop firms : ce modèle repose sur les frais d'évaluation comme première source de revenus, et ils couvrent les charges d'exploitation et les versements. C'est un fournisseur du secteur qui parle, pas un de ses détracteurs.

Le prix affiché varie moins qu'on ne le croit. Dans notre annuaire des prop firms, qui couvre plus de 270 sociétés, le prix médian d'un compte de 100 000 $ en paiement unique, relevé fin octobre 2026 et hors remise, tourne autour de 550 $ en deux étapes et de 540 $ en une étape, contre environ 820 $ pour un compte instantané sans évaluation. Environ neuf firmes sur dix vendent le programme que nous y avons relevé en paiement unique, et plus de 40 affichent des frais d'activation sur au moins une offre.

Le chiffre le plus parlant vient de FTMO. D'après l'analyse de CzechCrunch du rapport annuel de FTMO, parue le 8 septembre 2026, la société a réalisé 8,81 milliards de couronnes de chiffre d'affaires en 2025 pour 1,27 million de commandes payées. La division est de nous : environ 6 900 couronnes par commande, soit à peu près 330 $ au taux utilisé par l'article. Ce résultat est trop proche du prix d'un challenge pour que ce soit un hasard, même si tout le chiffre d'affaires ne vient peut-être pas des commandes.

Le client qui revient, le chiffre que personne ne met en avant

L'image du débutant qui paie une fois, échoue et disparaît ne colle pas aux chiffres. Le même article indique qu'environ 80 % des commandes payées de FTMO en 2025 venaient de clients déjà connus, et Finance Magnates rapporte une proportion voisine sur le chiffre d'affaires. Une prop firm ne vend donc pas une épreuve unique. Elle vend un abonnement qui ne dit pas son nom, à des clients qui rachètent après un échec, ou après un succès pour ouvrir un compte de plus.

Topstep laisse voir la même chose. La page de son programme publie pour 2025 que 16,8 % des Trading Combines lancés ont été réussis, alors que 51,8 % des participants ont atteint le niveau financé avec au moins l'un des leurs. L'écart entre le taux par tentative et le taux par personne s'explique le plus simplement ainsi : beaucoup s'y reprennent à plusieurs fois. C'est notre lecture, la page ne donne pas le nombre moyen de tentatives.

Faisons le calcul sur ces tarifs. À 16,8 % de réussite, il faut en moyenne six Trading Combines pour une réussite. À 49 $ le mois sur un compte de 50K, avec un seul mois par tentative et les 149 $ d'activation, cela représente environ 440 $ de recettes. Une seule demande de versement peut atteindre 2 000 $ sur ce compte. Ce n'est pas une mesure de la marge de Topstep, qui ne publie pas ses comptes, mais cela montre pourquoi la firme a besoin que tous ses traders financés ne soient pas payés en même temps, et pourquoi les conditions de versement comptent autant pour elle que pour toi.

Les 90 % ne sont pas une part que la firme prélève

C'est le contresens le plus répandu. Quand un courtier ou un fonds garde 10 % d'un gain, il touche 10 % d'un argent gagné sur un marché. Sur un compte simulé, il n'y a pas de gain de marché à partager. La FAQ technique de FTMO l'écrit clairement : ses comptes portent des fonds entièrement fictifs, et ses fournisseurs de liquidité lui transmettent des cotations, pas de l'argent. Topstep résume le dispositif par une formule : les traders financés gardent 90 % et la société couvre les pertes. Une perte fictive ne coûte rien à personne, sinon le compte. Une récompense, elle, se paie en vraie monnaie.

La comparaison qui tient le mieux vient de l'assurance. La firme encaisse des primes d'avance, provisionne ce qu'elle pense devoir payer, et règle ensuite les sinistres : ici, les traders qui remplissent les conditions. Sa santé dépend de ce que les assureurs appellent la sinistralité, le rapport entre ce qu'elle reverse et ce qu'elle a encaissé. L'analogie est de nous, mais les comptes de FTMO montrent exactement ce vocabulaire : une provision, et un dépassement.

FTMO, d'après son rapport annuel résumé par CzechCrunchMontant
Chiffre d'affaires 20246,73 milliards de couronnes
Chiffre d'affaires 20258,81 milliards de couronnes, environ 31 % de plus
Provision pour récompenses fin 2024523 millions de couronnes
Récompenses réelles liées aux ventes de 2024environ 955 millions de couronnes, 82 % de plus que la provision
Part de ces récompenses dans le chiffre d'affaires 2024 (notre calcul)environ 14 %
Publicité sur les réseaux en 2025735,8 millions de couronnes, 8,4 % du chiffre d'affaires
Bénéfice net 2025782 millions de couronnes, 59 % de moins
Marge nette8,9 % en 2025, 28 % en 2024, plus de 55 % en 2021

Ces 14 % valent pour une société et pour une année, et il faut les lire avec prudence : nous n'avons pas lu le rapport lui-même, seulement ce qu'en a tiré la presse, et rien ne dit qu'une autre firme se situe au même niveau. Ils permettent quand même de corriger deux idées reçues. La firme ne garde pas tout ce qu'elle encaisse, puisque l'article parle de plus de 650 millions de dollars versés aux traders en dix ans. Et elle ne reverse pas non plus 90 % de ses recettes : le 90 % s'applique au résultat simulé des comptes qui remplissent les conditions, pas au chiffre d'affaires.

Quand les traders gagnent trop : l'année 2025 de FTMO

L'idée d'une firme qui gagne à tous les coups ne résiste pas à cette année-là. FTMO a battu son record de ventes et affiché son plus faible bénéfice depuis 2020. D'après CzechCrunch, les traders ont gagné plus que prévu sur la plateforme, et la société a dû relever sa provision à un milliard de couronnes, une différence de 479 millions passée en charges. L'article y voit la cause principale du recul. Lupa.cz insiste aussi sur l'acquisition du courtier OANDA et son financement, et la publicité comme les pertes de change ont pesé. Le cofondateur Marek Vašíček parle du test le plus dur du prop trading moderne depuis des années, en citant les droits de douane américains et la demande de valeurs refuges. Une leçon à en tirer : la trésorerie d'une firme, et pas seulement sa promesse, décide de ta capacité à être payé.

Et le marché réel, dans tout ça ?

Il existe, mais il ne se situe pas là où le mot « financé » le laisse croire. FTMO écrit dans sa FAQ sur le marché réel qu'elle peut utiliser les données des comptes de ses clients pour trader sur ses propres comptes réels, et sa FAQ technique ajoute que ce trading, mené avec ses propres moyens, se fait dans un processus séparé, sans effet sur ses clients. La mise en garde de la FSMA belge du 7 mars 2024 décrit un schéma proche : la société peut copier certaines transactions de démonstration sur une vraie plateforme, et le client peut alors toucher une commission, aux conditions qu'elle fixe seule.

Spotware distingue trois montages : des comptes simulés payés sur les revenus, un modèle hybride où la firme copie sélectivement les traders réguliers, et de vrais comptes réservés à une poignée. Topstep illustre le troisième étage : d'après sa page, 0,71 % des participants à un Express Funded Account ont été appelés vers un Live Funded Account en 2025. Pour le reste, ce que chaque firme fait du résultat de tes trades de son côté ne se lit pas sur ses pages. C'est une question à lui poser, et sa réponse mérite d'être gardée.

Ce qu'en disent les régulateurs et les tribunaux

La FSMA emploie les mots les plus durs. Après avoir décrit des épreuves payantes, souvent reprises plusieurs fois et que beaucoup ne réussissent jamais, elle écrit : « La société de prop trading gagne ainsi de l'argent sur leur dos. » Elle ajoute que ces sociétés n'ont pas d'agrément pour fournir des services d'investissement. Le communiqué de la CONSOB italienne du 8 juillet 2024 rapporte des signalements d'utilisateurs sur la difficulté des tests et sur le non-partage de gains, en parlant de griefs, pas de faits établis. Ces deux textes visent un type d'offre et ne nomment aucune société.

Le dossier judiciaire le plus connu n'a rien tranché sur le fond. Aux États-Unis, la CFTC a poursuivi en août 2023 Traders Global Group, maison mère de My Forex Funds, pour une fraude présumée. D'après Today's General Counsel, elle soutenait notamment que des clients se croyaient en réel alors que les transactions se déroulaient en démonstration. L'ordonnance du tribunal du New Jersey du 13 mai 2025 a rejeté la plainte définitivement et sanctionné le régulateur. L'analyse du cabinet Willkie rapporte que ce rejet tient à la conduite de la CFTC dans la procédure. Les accusations n'ont donc jamais été jugées, ni dans un sens ni dans l'autre.

Ce que ça change pour toi avant de payer

Le plus simple pour ne pas se raconter d'histoires reste de tenir ses propres comptes. Beaucoup de traders connaissent le montant de leur dernier versement et ignorent ce qu'ils ont dépensé en tentatives. Dans Tradoshi, l'écran Prop Firm, dès le plan Pro, additionne d'un côté les frais d'évaluation, d'activation et de remise à zéro, de l'autre les versements reçus, et il en sort un net par firme. Notre page pour les traders prop firm montre le reste du suivi.

L'écran Prop Firm de Tradoshi, ici sur un jeu de démonstration : frais dépensés, versements encaissés et net par firme.
L'écran Prop Firm de Tradoshi, ici sur un jeu de démonstration : frais dépensés, versements encaissés et net par firme.

Pour la suite, trois lectures : comment fonctionne une prop firm si tu veux la mécanique du parcours, le guide du prop firm trading pour le tableau d'ensemble, et choisir sa prop firm pour les clauses à vérifier. Si tu décides d'y aller, réussir un challenge de prop firm détaille la méthode, et combien gagne un trader remet les montants en perspective.

Questions fréquentes

Les prop firms gagnent-elles de l'argent quand tu échoues ?

Elles conservent les frais payés, sauf clause de remboursement, et un échec peut déclencher un nouvel achat. Mais la formule est trop courte : elles touchent les mêmes frais quand tu réussis, et c'est aussi le trader qui réussit qui rachète souvent. Environ 80 % des commandes de FTMO en 2025 venaient de clients déjà connus.

Une prop firm a-t-elle intérêt à ce que tu échoues ?

Personne ne peut répondre pour une société à sa place. Ce qu'on peut établir, c'est que chaque récompense est une charge réelle sur un compte simulé, et que les clients qui reviennent pèsent lourd dans les ventes. Une firme a donc besoin à la fois de traders payés, pour sa réputation, et d'une sinistralité qu'elle peut supporter. La CONSOB rapporte des griefs d'utilisateurs sur la difficulté des tests, sans les établir.

D'où vient l'argent des récompenses ?

Chez une firme dont les comptes sont simulés, il sort de sa trésorerie, donc principalement de ce qu'elle a encaissé. Spotware écrit que les frais d'évaluation couvrent les charges et les versements dans ce modèle. FTMO mène aussi un trading réel à part, sans en publier le montant.

Quelle part de ses recettes une prop firm reverse-t-elle aux traders ?

Nous n'avons trouvé ce calcul possible que pour FTMO : environ 955 millions de couronnes de récompenses liées aux ventes de 2024, pour 6,73 milliards de chiffre d'affaires, soit environ 14 %, d'après le rapport annuel résumé par CzechCrunch. Ce chiffre ne vaut ni pour une autre année ni pour une autre société.

Les prop firms tradent-elles vraiment sur les marchés ?

Certaines oui, à part de tes comptes. FTMO écrit qu'elle trade sur ses propres comptes réels, dans un processus séparé. Topstep propose un Live Funded Account, atteint par 0,71 % des participants à un Express Funded Account en 2025. Sur les autres firmes, la réponse se demande à chacune.

Le modèle des prop firms est-il légal ?

La réponse dépend du pays et de la façon dont l'offre est présentée, et nous ne donnons pas d'avis juridique. La FSMA belge écrit que ces sociétés n'ont pas d'agrément pour fournir des services d'investissement, et elle les met en garde. Aux États-Unis, l'affaire engagée par la CFTC contre le groupe de My Forex Funds s'est terminée en mai 2025 par un rejet lié à la conduite du régulateur, sans jugement sur le fond.