La cassure-retest, ou break and retest, est une configuration en trois temps : le prix franchit un support ou une résistance (la cassure, ou breakout), revient toucher ce niveau par l'autre côté, puis repart dans le sens de la cassure. Ce retour est le retest : l'attendre permet d'entrer plus près du niveau, donc avec un stop plus court. C'est une configuration simple à décrire, difficile à trader proprement, et surtout facile à confondre avec un échec de cassure.

La cassure-retest est un classique de l'analyse technique. Sa logique est claire : un niveau qui a servi de plafond pendant des semaines peut devenir un plancher une fois franchi. La ChartSchool de StockCharts, à sa page sur les supports et résistances, l'explique ainsi : la cassure montre que la demande a pris le dessus sur l'offre, et si le prix revient sur ce niveau, la demande a des chances d'y augmenter. Mais entre la logique et l'exécution, il y a tout ce qui fait la difficulté du métier.

Cet article décrit la configuration, ce qui la valide, ce qui l'invalide, et surtout comment la mesurer sur tes propres trades plutôt que de la juger sur une impression. Aucune promesse de résultat : c'est une configuration, pas une recommandation.

En brefUn retest est le retour du prix sur un niveau qu'il vient de franchir. La stratégie cassure-retest consiste à attendre ce retour plutôt qu'à entrer sur la cassure elle-même, pour obtenir un point d'entrée plus proche du niveau et donc un stop plus court. Elle échoue quand la cassure n'en était pas une : le prix repasse le niveau et continue dans l'autre sens. Seul le journal, sur des dizaines de cas, dit si elle fonctionne pour toi.

Qu'est-ce qu'un retest en trading ?

Un retest est le mouvement par lequel le prix revient toucher un niveau qu'il vient de franchir, avant de repartir dans le sens de la cassure. Si une résistance à 100 est cassée vers le haut, le retest est le retour du prix vers 100, puis son rebond à la hausse. Le niveau n'a pas changé de place, il a changé de rôle. En anglais, la page Throwbacks de ThePatternSite, le site de Thomas Bulkowski, nomme throwback ce retour après une cassure par le haut, et la page Pullbacks de ThePatternSite nomme pullback le retour après une cassure par le bas.

Schéma d'une cassure-retest : le prix bute trois fois sur une résistance, la franchit, revient la toucher par le haut, puis repart à la hausse.
La cassure-retest en quatre temps : (1) un niveau touché plusieurs fois, (2) la cassure, (3) le retour sur le niveau, (4) la réaction. Le stop se place juste derrière le niveau.

Ce changement de rôle est le cœur de l'idée, et son explication classique tient en peu de mots. Tant que 100 était une résistance, les vendeurs y étaient actifs. Une fois franchi, ceux qui ont vendu ce niveau sont en difficulté et ceux qui ont manqué la cassure attendent une occasion d'entrer. Les deux populations peuvent agir au même endroit. Sur le marché des changes, une étude de Carol Osler pour la Réserve fédérale de New York (Staff Report n° 125) a examiné les ordres stop et les prises de profit d'une grande banque : ils se regroupent fortement sur les nombres ronds, souvent utilisés comme supports et résistances.

Tous les niveaux ne viennent pas d'un sommet ou d'un creux passé. Les points pivots sont calculés chaque matin à partir du plus haut, du plus bas et de la clôture de la veille, et beaucoup de plateformes les affichent d'office : la leçon sur les points pivots en donne les formules et les limites.

Le retest en swing trading suit exactement la même mécanique que sur des unités de temps courtes, avec une différence pratique : il peut mettre plusieurs séances à se produire, ou ne jamais se produire du tout. Sur les actions américaines depuis 2000, Bulkowski compte un throwback après 58 % de 10 305 cassures de figures par le haut, tête-épaules inversée comprise, et un pullback après 58 % de 8 765 cassures par le bas, dans le mois qui suit la cassure par convention. L'aller-retour prend en moyenne dix jours dans le premier cas et onze dans le second. Environ quatre cassures sur dix ne reviennent donc pas dans ce délai : c'est la première source de frustration, et la première raison pour laquelle la configuration se rate.

La stratégie cassure et retest, dans l'ordre

Première étape, identifier un niveau qui compte : un sommet ou un creux qui a été touché plusieurs fois, pas une ligne tracée au hasard. Un niveau testé plusieurs fois est mieux établi, et sa cassure signale qu'un équilibre a cédé. Certains traders partent plutôt d'une zone de supply et demand, une plage de prix quittée par un mouvement franc, ou d'une figure VCP, dont les contractions successives resserrent le prix avant la cassure : la suite de la méthode ne change pas.

Deuxième étape, laisser la cassure se produire sans entrer. C'est le point le plus difficile à tenir : entrer une fois la cassure lancée, c'est acheter un prix qui s'est déjà éloigné du niveau, donc accepter un stop plus large pour une invalidation placée au même endroit.

Troisième étape, attendre le retour. Quatrième, ne prendre position que si le prix réagit au niveau, au lieu de le traverser comme si de rien n'était. Cette réaction, quelle qu'en soit la forme, est la seule différence observable entre un retest et une cassure qui échoue. Quand ce retour s'organise en petit canal incliné contre le mouvement, c'est un patron en drapeau, et la cassure du canal se joue avec les mêmes règles de stop.

ÉtapeCe qu'on observeErreur courante
Le niveauPlusieurs touches, pas une seuleTracer un niveau après coup
La cassureLe prix franchit et s'éloigneEntrer ici, avec le stop le plus large
Le retourLe prix revient sur le niveauSe lasser et abandonner le suivi
La réactionLe prix repart dans le sens de la cassureEntrer avant toute réaction

Ce qui distingue un vrai retest d'une fausse cassure

Honnêtement : rien, à l'avance. Une cassure qui échoue ressemble trait pour trait à un retest jusqu'au moment où elle échoue. C'est pour cette raison qu'un stop est obligatoire sur cette configuration, et qu'il doit être placé de l'autre côté du niveau, là où la thèse est invalidée.

Les relevés de Bulkowski sur les actions américaines donnent un ordre de grandeur. Une fois le prix revenu au niveau après une cassure par le haut, il repart à la hausse 65 % du temps et continue de baisser sous la figure 35 % du temps. Après une cassure par le bas, il ne reprend sa baisse que 47 % du temps, et repasse au-dessus de la figure 53 % du temps. Un retour sur le niveau est donc loin d'être une entrée sûre.

Ce que tu peux vérifier avant d'entrer, en revanche, c'est le contexte général : va-t-il dans le sens de la cassure, ou contre lui ? Un retest haussier dans une tendance baissière plus large est un pari contre le courant. La structure de marché plus haute, celle que la leçon structure et liquidité détaille, aide à trancher cette question.

Deuxième élément vérifiable : la manière dont le prix a cassé. Un franchissement lent, hésitant, avec un corps de bougie minuscule, ne dit pas la même chose qu'un franchissement net. Ce n'est pas une garantie, et le volume ne tranche pas non plus : Bulkowski relève qu'une cassure par le haut sur un volume supérieur à sa moyenne de trente jours est suivie d'un throwback 70 % du temps, plus souvent que l'ensemble des cassures. C'est une information de plus, et elle se note dans le journal pour être mesurée plus tard.

Où placer le stop, et pourquoi c'est l'intérêt principal

Tout l'intérêt d'attendre le retest tient au stop. Entrer au retour sur le niveau permet de placer le stop juste derrière ce niveau, donc beaucoup plus près qu'en entrant sur la cassure. À risque égal en euros, cela veut dire une position plus grosse et un rapport gain sur risque meilleur pour le même objectif.

C'est aussi ce qui rend la configuration mesurable. Si tu notes ton point d'entrée, ton stop et ton objectif, l'écart entre le retest et la cassure devient un chiffre plutôt qu'une intuition. Le calcul de taille se fait alors sur une distance courte et connue, pas sur une estimation.

Un exemple chiffré : entrer sur la cassure ou sur le retest

Les chiffres qui suivent sont illustratifs, choisis pour montrer le calcul, pas tirés d'un graphique réel. Une action bute depuis des semaines sur 100 $. Elle franchit ce niveau et cote 101,20 $. L'idée est invalidée si le prix repasse nettement sous le niveau : le stop se place donc à 99,50 $ dans les deux cas, et l'objectif à 104 $.

Entrée sur la cassureEntrée sur le retest
Prix d'entrée101,20 $100,30 $
Stop99,50 $99,50 $
Risque par action1,70 $0,80 $
Objectif104,00 $104,00 $
Gain visé par action2,80 $3,70 $
Rapport gain sur risque1,64,6
Actions pour 100 $ de risque58125

Même niveau, même stop, même objectif : attendre le retest fait passer le rapport gain sur risque de 1,6 à 4,6, et permet une position environ deux fois plus grosse pour les mêmes 100 $ risqués. Le prix de cette amélioration est dans les comptages cités plus haut : environ quatre cassures sur dix ne reviennent pas sur le niveau dans le mois, et ces trades-là sont simplement manqués. Seuls tes propres chiffres disent laquelle des deux entrées te convient.

Mesurer si cette configuration fonctionne pour toi

Une configuration ne se juge ni sur une vidéo ni sur dix trades. Elle se juge sur une population suffisante, en séparant les cas : retests pris dans le sens de la tendance plus haute contre ceux pris à contre-courant, retests sur un niveau à trois touches contre un niveau à une seule, retests intervenus le jour même contre plusieurs séances après.

C'est exactement ce qu'un journal permet et ce qu'un souvenir ne permet pas. Étiqueter chaque trade avec sa configuration, puis comparer les sous-populations, transforme « je crois que le break and retest marche bien » en une mesure avec un effectif. Et il arrive que la réponse soit : elle fonctionne, mais seulement dans un des deux contextes.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un retest en trading ?

C'est le retour du prix sur un niveau qu'il vient de franchir, avant de repartir dans le sens de la cassure. Le niveau garde sa position mais change de rôle : une résistance cassée devient un support potentiel, un support cassé devient une résistance potentielle.

Qu'est-ce qu'un retest en swing trading ?

La mécanique est identique, seule l'échelle de temps change. En swing trading, le retour sur le niveau peut prendre plusieurs séances, parfois plusieurs semaines, ce qui demande un suivi patient et des alertes plutôt qu'une surveillance continue de l'écran.

Faut-il entrer sur la cassure ou attendre le retest ?

Attendre le retest donne un point d'entrée plus proche du niveau, donc un stop plus court et une meilleure asymétrie à objectif identique. Le prix à payer est de manquer les mouvements qui ne reviennent pas : environ quatre cassures de figures sur dix sur les actions américaines, d'après les relevés de Bulkowski. Les deux approches sont défendables, mais elles ne se mélangent pas : il faut en choisir une et la mesurer.

Comment reconnaître une fausse cassure ?

À l'avance, on ne la reconnaît pas : c'est pour cela que le stop est obligatoire. Après coup, elle se caractérise par un prix qui repasse le niveau et poursuit dans le sens opposé. Ce que tu peux vérifier en amont, sans garantie, c'est le contexte de tendance plus haute et la netteté du franchissement.

Le retest fonctionne-t-il sur tous les marchés ?

Le principe se décrit de la même façon sur les actions, les contrats à terme, le forex et la crypto. Les mesures publiées, elles, ne couvrent pas tout : celles de Bulkowski portent sur des actions américaines, celle de Carol Osler sur le marché des changes. Sur un autre marché, seule ta propre mesure te renseigne.

Sur combien de trades juger cette stratégie ?

Sur plusieurs dizaines, et en séparant les contextes. Une configuration jugée sur dix trades ne prouve rien : l'écart entre deux sous-populations, dans le sens de la tendance et à contre-courant, demande un effectif suffisant dans chacune pour dire quoi que ce soit.