Deux millions de livres. C'est ce que cachait le compte 88888 de la Barings à Singapour à la fin de 1992. Fin 1993 : vingt-trois millions. Fin 1994 : deux cent huit. Le 27 février 1995 : huit cent vingt-sept, environ 1,3 milliard de dollars de l'époque. Pendant tout ce temps, l'homme qui tenait ce compte, Nick Leeson, annonçait à Londres qu'il gagnait de l'argent. Le dimanche 26 février 1995 au soir, la plus ancienne banque d'affaires de Grande-Bretagne, fondée en 1762, ne pouvait plus opérer.
- Nick Leeson, 27 ans au moment des grosses pertes, dirigeait la filiale de la Barings sur la bourse de Singapour. Il a caché dans un compte d'erreur, le 88888, des pertes qui ont atteint 827 millions de livres.
- Pendant ce temps, il déclarait des bénéfices. Du 1er janvier au 24 février 1995, Londres voit 18,6 millions de livres de profits. Le compte caché, lui, perd 619 millions du 1er janvier au 27 février.
- Le séisme de Kobé n'est pas la cause. Fin 1994, 208 millions étaient déjà perdus. L'essentiel du reste vient des contrats qu'il a achetés après, pour se refaire.
- La leçon pour toi : une perte qu'on cache ne disparaît pas, elle grossit. Trader sans se mentir commence par un relevé que tu ne peux pas corriger toi-même.
On raconte souvent Nick Leeson comme un génie devenu fou, ou comme la victime d'un tremblement de terre. Les documents montrent autre chose : un jeune homme qui connaissait les rouages du contrôle, qui a caché une première perte, puis une autre, et qui a grossi sa mise chaque fois que le trou se creusait. Ce portrait s'appuie sur le rapport de la Banque d'Angleterre du 18 juillet 1995 et sur la presse de l'époque. Les montants sont en livres sterling de l'époque, et ce qui ne repose que sur le récit de Leeson est signalé.
Qui est Nick Leeson ?
Nicholas William Leeson naît le 25 février 1967 à Watford, au nord de Londres. Fils d'un plâtrier, il grandit dans un logement social et échoue à l'examen de mathématiques de fin d'études secondaires. À dix-huit ans, il entre comme petit employé chez Coutts, une banque privée londonienne. Il passe ensuite chez Morgan Stanley, puis, en juillet 1989, à la Barings, toujours au règlement des contrats à terme et des options.
Le détail compte pour la suite. Le règlement, c'est le back-office : vérifier que chaque opération est enregistrée, réglée et payée. Leeson ne vient pas du trading, il vient du contrôle, et il sait où les comptes sont vérifiés. En 1991, il supervise même une partie d'une enquête interne sur un employé qui avait étouffé un rapport de marge en retard. Début 1992, la Barings demande au régulateur britannique de l'agréer. Le régulateur découvre qu'il a omis de déclarer un jugement pour une petite dette impayée, et la demande est abandonnée. Leeson ne sera jamais agréé pour trader à Londres.
La Barings, une banque fondée en 1762
La Barings est fondée en 1762 à Londres par les fils d'un immigré de Brême. Elle a aidé à financer l'achat de la Louisiane par les États-Unis et les guerres contre Napoléon, et on prête au duc de Richelieu une phrase qui faisait de la famille Baring la « sixième grande puissance de l'Europe ». En 1995, elle emploie environ 4 000 personnes. Ce n'était ni la plus vieille banque du monde ni la banque de la Reine, comme on le lit souvent, mais la plus ancienne banque d'affaires de Grande-Bretagne. La banque de la famille royale, c'est Coutts, celle où Leeson avait débuté.

Singapour, 1992 : un seul homme aux deux bouts de la chaîne
En mars 1992, à 25 ans, Leeson arrive à Singapour pour diriger le back-office de Baring Futures, la filiale qui opère sur le SIMEX. Cette bourse cote les mêmes produits que les bourses japonaises, dont le contrat à terme sur l'indice Nikkei 225, ce qui permet de l'arbitrage entre les deux pays. Un fax du 24 mars précise qu'il dirigera aussi l'activité sur le parquet. Le lendemain, le directeur régional de la banque s'inquiète par écrit d'une structure « qui se révélera désastreuse », avec laquelle la banque risque de perdre « beaucoup d'argent ». Dès le départ, le même homme passera les ordres et contrôlera leur enregistrement.
Début juillet 1992, le compte 88888 est ouvert. Il est enregistré comme compte client et décrit comme compte d'erreur, celui où l'on range les petites erreurs d'exécution. Vers le 8 juillet, selon un consultant informatique de la filiale, Leeson lui demande de faire disparaître ce compte de tous les rapports quotidiens envoyés à Londres, sauf un, le fichier des marges. Le rapport de la Banque d'Angleterre en conclut qu'il semble avoir voulu s'en servir pour des opérations non autorisées dès le départ. Leeson a refusé de coopérer à l'enquête, et ses avocats ont jugé ses conclusions inexactes, sans préciser sur quels points.
Sa version à lui n'a jamais varié. Il raconte avoir choisi le 8 parce qu'il porte chance dans la culture chinoise, et avoir utilisé le compte pour la première fois le 17 juillet 1992, pour couvrir l'erreur d'une jeune opératrice, environ 20 000 livres, plutôt que de la faire renvoyer. Aucune source indépendante ne confirme ce récit, et la consigne donnée au consultant le précède de neuf jours. Le 30 septembre, une fausse confirmation du compte est déjà produite pour les auditeurs. Fin 1992, Leeson réussit les examens du SIMEX, trade lui-même sur le parquet et devient directeur général de la filiale.
Le compte 88888 : 2, 23, 208 millions
Le rapport officiel reconstitue la progression des pertes cachées : 2 millions de livres fin 1992, 23 millions fin 1993, 208 millions fin 1994. Pour que personne ne les voie, une écriture ramène le compte à zéro à presque chaque fin de mois, de février 1993 à janvier 1995, et elle est annulée le lendemain. Le jour où l'on regarde, le compte affiche zéro. Le rapprochement bancaire de fin de mois, lui, est signé par Leeson.
Pendant ce temps, Londres voit des bénéfices. Baring Futures déclare des profits d'arbitrage présentés comme sans risque, et en 1994, l'unité qui les enregistre gagne plus que toute la branche bancaire du groupe. En septembre 1994, au dîner annuel du SIMEX, la filiale reçoit le titre de « Number One Volume House », la maison qui a traité le plus gros volume.
| Période | Ce que Londres voyait | Ce que cachait le compte 88888 |
|---|---|---|
| Chaque fin de mois, de février 1993 à janvier 1995 | Un compte d'erreur à zéro | La perte, rétablie dès le lendemain |
| Année 1994 | Au moins 28,5 millions de livres de revenus d'arbitrage | 185 millions de livres de pertes sur l'année |
| Du 1er janvier au 24 février 1995 | 18,6 millions de livres de bénéfices déclarés | 619 millions de livres perdus du 1er janvier au 27 février |
Le succès achète le silence. Devant la commission d'enquête, les témoins parlent d'un « trader vedette » qu'on ne voulait pas bousculer. L'un d'eux résume l'état d'esprit : « pour l'amour de Dieu, n'intervenez pas ». Un autre reconnaît que tout le monde trouvait ces profits très déroutants, et qu'on les a pourtant acceptés. Leeson en profite aussi : sa prime passe de 35 746 livres pour 1992 à 130 000 pour 1993, et 450 000 lui sont proposées pour 1994, jamais versées. Le rapport ne peut pas conclure que l'argent était son moteur principal.
Des règles écrites, que personne ne faisait respecter
Le plus troublant, c'est que les règles existaient. Leeson n'avait le droit ni de garder des positions ouvertes la nuit, ni de vendre des options pour le compte de la banque. Il a fait les deux pendant plus de deux ans. En octobre 1994, un audit interne relève « un risque général important » que les contrôles soient « contournés par le directeur général », parce qu'il tient à la fois le front-office et le back-office. Il recommande de lui retirer le back-office. La recommandation n'est jamais appliquée.
Le compte 88888 n'était d'ailleurs pas invisible. Le back-office de Singapour y passait des opérations tous les jours, le SIMEX l'avait signalé, et il figurait dans un fichier envoyé chaque jour à Londres, que personne n'a lu.
Sa vraie stratégie : vendre de la volatilité
Qu'y avait-il dans ce compte ? Depuis la fin de 1992, Leeson vend des options sur le Nikkei, le plus souvent des straddles : une option d'achat et une option de vente cédées au même prix d'exercice. Tant que l'indice reste calme, il encaisse les primes. S'il bouge fortement, dans un sens ou dans l'autre, la perte s'accélère. Les grecques des options servent à mesurer cette exposition. Leeson ne la couvrait pas, n'avait apparemment ni modèle de prix ni système de mesure du risque, et le rapport juge ses produits « très simples » : ce n'est pas leur complexité qui a coulé la Barings.
En substance, il avait parié que l'indice Nikkei resterait calme, autour de 19 000 points. Fin 1994, pour boucher le trou, il ramène le compte à zéro avec une prime fictive d'environ 50 millions de livres, attribuée à une société new-yorkaise qui dira n'avoir jamais rien su de cette opération.
Janvier 1995 : Kobé, puis le doublement
Le mardi 17 janvier 1995, à 5 h 46, un séisme frappe la région de Kobé, au Japon, et fera plus de 6 400 morts. Les marchés japonais décrochent : c'est le mouvement brusque qui fait perdre un vendeur d'options. Leeson ne coupe pas. Le vendredi 20, il achète en quelques heures 10 814 contrats Nikkei. Le lundi 23, l'indice chute de 1 055 points, soit 5,6 %. Il solde dans la journée, perd 34 millions de livres, puis recommence : 27 158 contrats à la fin de la semaine. Le 26 janvier, le comité actif-passif de Londres lui fait dire de ne plus augmenter ses positions. La consigne n'est pas respectée.
Le lundi 30 janvier, le marché remonte de 700 points. Ce jour-là, Leeson a effacé ses pertes sur contrats à terme depuis Kobé : il pourrait sortir, au moins de cette partie. Il continue d'acheter. Le 1er février, il déclare de fausses positions au SIMEX, qui libère 115 millions de dollars de marges. Le 2, il produit un bordereau de paiement falsifié pour faire croire aux auditeurs que la créance de fin d'année a été réglée. L'en-tête de la confirmation montre qu'elle est partie du fax de la maison. Ce sont ces deux faits qui lui vaudront sa condamnation.
Le 6 février, la perte cumulée atteint 253 millions de livres. En seize jours, écrit le rapport, Leeson double sa position acheteuse, jusqu'à plus de 60 000 contrats. Il est en même temps vendeur de contrats sur les obligations japonaises, qui montent : il perd des deux côtés. Pour payer les appels de marge, Londres et Tokyo envoient l'argent sans vérification indépendante, et le financement de la filiale atteint 742 millions de livres le 24 février, plus du double du capital déclaré du groupe. Leeson déclare toujours des bénéfices. Début février, un responsable s'émerveille : « Ce type est un turbo-arbitragiste ! »
23 février 1995 : la fuite
Mi-février, un employé du règlement venu de Londres découvre que les demandes de fonds de Singapour ne correspondent à rien et qu'il manque des milliards de yens. Leeson, dit malade, ne vient pas au bureau les 20 et 21 février. Le 22 au soir, quand l'employé lui dit enfin qu'il manque cette somme, il répond : « Oui, je suis d'accord avec vous. »
Le jeudi 23 février, le Nikkei chute encore. Chaque tranche de 100 points de baisse lui coûte 20 millions de livres, la journée 65 millions. Le compte 88888 détient alors l'équivalent de 49 % des positions ouvertes sur le contrat Nikkei de mars au SIMEX. Ce n'est pas « la moitié du marché japonais », comme on le lit parfois, mais presque la moitié d'un contrat entre les mains d'un seul compte. Vers 16 heures, Leeson quitte le bureau et n'y revient pas. Le soir, il part pour Kuala Lumpur avec sa femme. Le lendemain, il faxe sa démission à deux dirigeants de Singapour, avec ses « sincères excuses pour la situation difficile » dans laquelle il les laisse. Le mot « I'm sorry » qu'il aurait laissé sur son bureau ne repose sur aucune source solide. Le samedi 25, il fête ses 28 ans en fuite.
Le week-end, la Banque d'Angleterre cherche un sauvetage. Les banques britanniques sont prêtes à recapitaliser, à condition de pouvoir plafonner les pertes des contrats encore ouverts, ce qui se révèle impossible. Le dimanche 26 février au soir, la Barings est placée sous administration judiciaire. La perte est arrêtée le lendemain à 827 millions de livres. Aux Communes, le chancelier de l'Échiquier Kenneth Clarke parle d'un incident « centré sur un trader voyou à Singapour ». Le 5 mars, ING rachète la banque pour une livre symbolique, en reprenant les dettes et en injectant 660 millions de livres. Leeson, lui, est arrêté le 2 mars à Francfort, à l'arrivée d'un vol parti de Bornéo.
Le procès, la prison, et après
Le rapport de la Banque d'Angleterre, publié le 18 juillet 1995, conclut à des opérations non autorisées et dissimulées et à un échec des contrôles que le président de la banque avait qualifié d'« absolu ». « Nous sommes d'accord », écrit la commission. En octobre, le rapport de Singapour met en cause la direction. Les deux rapports se contredisent sur ce qu'elle savait, et aucun dirigeant n'a été poursuivi pénalement. Leeson est le seul à avoir été condamné.
L'Allemagne accorde son extradition. Il renonce à son recours et rentre à Singapour en novembre. Le 1er décembre 1995, il plaide coupable de deux chefs de tromperie sur onze, et le lendemain, il est condamné à six ans et demi : six ans pour le bordereau falsifié destiné aux auditeurs, six mois pour la tromperie du SIMEX. Il a toujours affirmé n'avoir pas volé d'argent. Un cancer du côlon lui est diagnostiqué en prison en 1998. Il sort le 3 juillet 1999, au terme de la remise de peine ordinaire d'un tiers, après quatre ans et quatre mois de détention. Les années suivantes, il passe une licence de psychologie, dirige le club irlandais de Galway United et donne des conférences sur le risque.
Ce qu'il dit de lui-même
Le rapport décrit les actes. Pour la mécanique intérieure, il faut écouter Leeson, en gardant en tête que c'est sa parole, après coup. En septembre 1995, depuis sa prison de Francfort, il dit à la BBC : « J'avais peur d'en chiffrer le montant », et « aussi bête que ça puisse paraître, rien de tout ça n'est vraiment de l'argent réel ». En 2005, il estime que ce n'était pas l'orgueil qui l'empêchait d'avouer, mais « en réalité mon statut chez Barings », parce que tout le monde autour de lui avait cru à sa réussite. En 2016 : « Je voyais le fait de demander de l'aide comme un signe de faiblesse », et « c'était de la pure survie ».
Tous les jours ne sont pas des jours de perte. Alors ça renforce ta conviction que tu peux y arriver. Malheureusement, j'ai perdu plus que je n'ai gagné. (Nick Leeson, entretien avec David Frost, BBC, septembre 1995, rapporté par l'Associated Press)
Cinq leçons pour trader sans se mentir
Tu ne gères pas 800 millions de livres. Mais la mécanique qui a coulé la Barings tient dans un compte de particulier. Le compte 88888, c'est trader sans se mentir à l'envers : mentir aux autres, puis à soi, et grossir la mise pour ne jamais regarder le chiffre.
1. Une perte cachée ne se referme jamais
Leeson n'a pas commencé avec 827 millions, mais avec un compte retiré des rapports, puis une fausse confirmation, puis une écriture à chaque fin de mois. Chaque dissimulation en exigeait une autre. Chez un particulier, le compte 88888 prend d'autres formes : le trade qu'on ne note pas parce qu'il « ne compte pas », la perte retirée du tableur parce que c'était « une exception ». Une perte que tu ne regardes pas continue de grossir, simplement sans témoin.
2. Doubler pour se refaire grossit la position suivante
Après Kobé, chaque perte rend la position suivante plus grosse : 10 814 contrats, puis 27 158, puis plus de 60 000. C'est la logique du revenge trading poussée jusqu'au bout. Doubler sa mise ne change rien aux chances du trade suivant, seulement à ce qu'il coûte s'il échoue. Et ton risque de ruine monte d'autant plus vite que la taille grossit après chaque perte.
3. Le jour où tu reviens à zéro est le plus dangereux
Le 30 janvier 1995, Leeson était revenu à zéro sur ses contrats à terme. Le lendemain, il rachetait. Le retour à l'équilibre ne rassure pas, il donne l'impression qu'on avait raison de tenir et pousse à rejouer plus gros. Si une journée catastrophique finit à zéro, ferme la plateforme. Décide à l'avance de ce que tu feras ce jour-là.
4. Un relevé que tu peux corriger toi-même n'est plus un relevé
L'audit de 1994 résume la faille : le même homme pouvait lancer une opération, puis veiller à ce qu'elle soit enregistrée comme il l'entendait. Un trader particulier est exactement dans cette situation, son propre front-office et son propre back-office. La parade consiste à sortir le contrôle de tes mains : une limite de perte journalière fixée avant la séance, une gestion du risque écrite, et un historique que tu ne choisis pas. C'est l'intérêt d'un journal de trading comme Tradoshi, qui reprend tes trades depuis ton courtier ou ton relevé : les pertes y entrent même les jours où tu préférerais ne pas les voir.
5. Un gain trop beau est une alarme
En 1994, une activité présentée comme sans risque rapportait plus que toute la branche bancaire du groupe, et personne n'a vraiment demandé comment. Vendre de la volatilité, c'est aligner les petits gains et garder un seul jour pour tout perdre. Si ta courbe monte trop régulièrement avec une stratégie que tu crois sans danger, cherche ce que tu as vendu pour l'obtenir. Le portrait de Jesse Livermore le montrait déjà : c'est quand on se sent le plus fort qu'on est le plus près de casser ses propres règles.
Questions fréquentes
Qui est Nick Leeson ?
Nick Leeson, né en 1967 à Watford, est l'ancien directeur général de Baring Futures, la filiale de la banque Barings à Singapour. De 1992 à 1995, il a caché dans le compte 88888 des pertes de 827 millions de livres, qui ont provoqué la faillite de la banque en février 1995. Il a été condamné à six ans et demi de prison après avoir plaidé coupable de deux chefs de tromperie.
Combien Nick Leeson a-t-il perdu ?
827 millions de livres sterling au 27 février 1995, soit environ 1,3 milliard de dollars de l'époque, selon le rapport de la Banque d'Angleterre. Après la liquidation des positions, le coût final atteint 927 millions de livres.
Qu'est-ce que le compte 88888 ?
Un compte de Baring Futures ouvert début juillet 1992, enregistré comme compte client et décrit comme compte d'erreur. Leeson y logeait ses pertes, et l'avait fait retirer des rapports quotidiens envoyés à Londres.
Pourquoi la Barings a-t-elle fait faillite ?
Les pertes cachées, 827 millions de livres, dépassaient de loin les fonds propres de la banque, 354 millions fin 1994, et personne ne pouvait plafonner celles des contrats encore ouverts. Le rapport officiel conclut que c'est la capacité de Leeson à agir sans autorisation et sans être détecté qui a fait tomber la banque.
Le séisme de Kobé a-t-il coulé la Barings ?
Non. Fin 1994, avant le séisme, 208 millions de livres étaient déjà perdus. L'essentiel des pertes suivantes vient des contrats que Leeson a achetés après, pour se refaire.
Combien de temps Nick Leeson a-t-il passé en prison ?
Quatre ans et quatre mois, de son arrestation le 2 mars 1995 à sa libération le 3 juillet 1999. Sa peine de six ans et demi a été réduite d'un tiers par la remise de peine ordinaire, et non pour raisons de santé : cette demande-là avait été refusée.
Rapports officiels et presse d'époque
- Banque d'Angleterre, Report of the Board of Banking Supervision Inquiry into the Circumstances of the Collapse of Barings, HC 673, 18 juillet 1995. Source des montants, des dates et des propos des cadres de la banque.
- Hansard, Chambre des communes, débats du 27 février 1995 et du 18 juillet 1995.
- Rapport des inspecteurs de Singapour, 17 octobre 1995, connu par la presse : UPI, 17 octobre 1995.
- Los Angeles Times, 7 mars 1995 (lettre de démission) et 2 décembre 1995 (condamnation).
- Associated Press, 11 septembre 1995, sur l'entretien de la BBC. Entretiens ultérieurs : The Irish Times, 23 août 2005, Ivey Business School, 26 juillet 2016.
- Illustration : lettre de crédit de 1892, domaine public, via Wikimedia Commons.
